L'avis de... Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures

« Le potentiel perturbateur de la fiscalité est important »

le 31/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelle est la typologie des épargnants en assurance-vie ?

L’observation des encours et de la collecte permet de la subdiviser en trois. Une épargne standard que l’on peut qualifier de populaire et qui pèse une petite moitié du total. Je l’évalue à 600 milliards d’euros d’encours à la fin 2009. Elle nécessite un accès industriel à une clientèle retail ; c’est donc le créneau idéal du secteur bancaire qui a sur ce segment la capacité d’orienter à sa guise les flux et qui pourrait fort bien jouer de ce levier pour gonfler l’épargne bancaire en prévision de Bâle III. Arrive ensuite l’épargne patrimoniale qui représente le tiers des encours et des flux, soit 40 milliards de collecte par an sur un total de 120 milliards. Puis il y a l’épargne éligible à la gestion privée correspondant à des tickets élevés. Elle pèse 25 milliards d’euros de collecte annuelle.

La collecte s’est ralentie début 2011. A quel type d’épargnants doit-on ce coup de frein ?

Dès les premières rumeurs et projets du gouvernement concernant un durcissement de la fiscalité de l’assurance-vie, ce sont les deux dernières catégories que je viens de citer qui se sont mises à temporiser, à stopper leurs dépôts, voir carrément à procéder à des rachats. Il faut faire attention car les deux catégories réunies pèsent 54 % de la collecte. En admettant que l’inquiétude persiste, les flux baisseront de moitié pour l’épargne de gestion privée et du tiers pour la catégorie patrimoniale. Le calcul est vite fait : 12 à 13 milliards d’euros en moins pour chaque catégorie, soit 25 milliards. C’est tout simplement 20 % de la collecte annuelle qui disparaît. Le potentiel perturbateur de la fiscalité est aujourd’hui important.

Mais alors où vont les flux et quel est le produit de substitution… ?

L’épargne bancaire et le Livret A pour une part et, pour les plus fortunés, l’immobilier et les comptes titres. Ces derniers permettent de lisser les moins-values, à la différence de l’assurance-vie, en unités de compte. Après deux krachs en dix ans, l’argument porte.

Doit-on s’attendre à des changements important induits par les nouvelles régulations, Solvabilité II pour les assureurs et Bâle III pour les banquiers ?

Pour les fonds en euros, Solvabilité II va nécessiter d’accroître les fonds propres à mettre en face de la poche actions au minimum de 50 %, en moyenne de 60 % à 80 %, et dans les cas les plus extrêmes de 200 % à 300 %. D’où la nécessité pour les assureurs de canaliser la collecte sur les unités de compte dont le risque est porté par les épargnants. Ce qui n’est pas le sens actuel de l’histoire. Quant à Bâle III, il va pousser les réseaux bancaires à privilégier l’épargne bancaire au détriment de l’épargne vie gérée en hors bilan.

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