L'avis de... Jörg Krämer, chef économiste de Commerzbank

« Une possibilité serait d’émettre une obligation européenne commune »

le 09/12/2010 L'AGEFI Hebdo

L’Allemagne est réticente à tenir le rôle de renfloueur en dernier ressort de la zone euro. Cette attitude met-elle cette dernière en danger ?

Non, l’euro survivra à la crise actuelle, mais à un prix élevé. Même si le traité de Maastricht interdit le bail-out d’un pays signataire, la zone euro est en passe de se transformer en une union de solidarité interétatique où les pays forts font bénéficier les pays faibles de leur solvabilité. La responsabilité individuelle des différents pays membres de la zone euro s’en trouvera certes diminuée, mais l’alternative serait l’éclatement de l’Europe et la réintroduction des anciennes monnaies nationales, ce qui aurait des conséquences dramatiques pour l’économie et le système bancaire de tout le continent.

Faudra-t-il augmenter les moyens du Fonds de stabilité financière européen si l’Espagne doit y faire appel ?

Les 750 milliards d’euros du fonds d’aide européen (avec la contribution du Fonds monétaire international) suffiront à secourir d’autres pays que l’Irlande. Cela dit, je vous rappelle que l’Espagne a entamé une politique de consolidation budgétaire. A la différence d’autres pays périphériques de la zone euro, le déficit public y a été considérablement réduit, le marché du travail a été réformé et la hausse des salaires est freinée.

Que faire pour diminuer les tensions sur les marchés financiers ?

Une des possibilités consisterait à émettre une obligation européenne commune. En Allemagne, cette proposition est très impopulaire, mais mon sentiment est qu’elle pourrait contribuer à calmer les marchés. Les investisseurs sceptiques à l’égard de la zone euro seraient de cette manière privés de cible.

L’Allemagne a-t-elle contribué à renforcer la crise en brisant le tabou d’une restructuration de la dette d’un Etat européen ?

Je ne pense pas. Chacun sait que sur les marchés financiers, il n’y a pas de rendement sans risques. Curieusement, dans la zone euro, cette règle a été mise entre parenthèses. C’était une erreur de construction, contraire à tous les principes d’une économie de marché, qu’il convient maintenant de rectifier. Mais ce qui pèse encore plus lourd aux yeux des investisseurs, c’est la conviction qu’une Union économique et monétaire ne peut pas fonctionner sans une étroite coordination politique.

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