Le Portugal doit regagner la confiance des marchés financiers

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Si les taux d’intérêt restent à un niveau prohibitif, Lisbonne aura besoin d’un nouveau plan d’aide.

Le Portugal vient d'en finir avec une récession qui aura duré deux ans et demi. Mais en dépit de ce retour de la croissance économique (1,1 % au deuxième trimestre par rapport au premier trimestre), d’un ajustement du solde budgétaire primaire de près de 6 points de PIB en quatre ans, et d’émissions de dette à long terme réussies en janvier et en mai, le pays n’est pas assuré de revenir sur les marchés en 2014 comme prévu. Il pourrait avoir besoin d’un nouveau plan d’aide. La crise politique de cet été a poussé le taux d’intérêt à 10 ans autour de 7 %, et réduit les espoirs d’une sortie en douceur du programme actuel mi-2014.

Les Portugais ont assisté à un véritable vaudeville. Le 1er juillet, le ministre des Finances Vítor Gaspar démissionne, évoquant le manque de soutien de la population à sa politique. Le lendemain, Paulo Portas, le ministre des Affaires étrangères, à la tête du 2e parti de la coalition au pouvoir depuis juin 2011, rend à son tour son tablier. Il affirme que sa décision est « irrévocable ». Le 6 juillet, le Premier ministre Pedro Passos Coelho annonce un accord avec Paulo Portas, promu vice-Premier ministre, en charge des discussions sur le programme d’aide. Mais le 10 juillet, le président de la République Aníbal Cavaco Silva demande aux deux responsables de trouver un accord de gouvernement avec l’opposition socialiste jusqu’à mi-2014, avant la tenue d’élections anticipées. Le 19 juillet, les négociations échouent, les socialistes souhaitant renégocier les termes du programme. Finalement, le 23 juillet, le président approuve le nouveau gouvernement de Pedro Passos Coelho.

Résultat, Standard & Poor’s a changé la perspective de la note du Portugal (« BB ») de stable à négative, après avoir fait l’inverse en mars. Le 8e examen du programme, prévu le 15 juillet, a été repoussé au 16 septembre. Et Paulo Portas, hostile à certaines mesures de rigueur d’ores et déjà prévues, se retrouve en position de force avant les élections locales du 29 septembre et l’examen du budget mi-octobre.

Trouble-fête

Une autre institution joue les trouble-fête : la Cour constitutionnelle. Celle-ci a rejeté fin août un plan de mobilité et de requalification dans la fonction publique. C’est la troisième fois qu’elle se prononce contre une mesure d’économies prise par le gouvernement. « Ce plan ne représente que 170 millions d’euros, mais le risque est que d’autres mesures soient bloquées à l’avenir, prévient Michael Michaelides, stratégiste taux chez RBS. Il fait partie d’une révision des dépenses publiques présentée en juin, visant à économiser 4,7 milliards d’euros, soit 2,9 % du PIB. »

Grâce à ses émissions à 5 ans et à 10 ans cette année, Lisbonne a couvert ses besoins de financement pour 2013, et commencé à le faire pour 2014. Selon l’agence de la dette, ceux-ci s’élèvent à 14,5 milliards d’euros par an en moyenne entre 2014 et 2023. Mais la nouvelle ministre des Finances Maria Luís Albuquerque a admis que la récente crise politique avait rendu les investisseurs plus prudents vis-à-vis du Portugal. « On peut douter que Lisbonne puisse accéder aux marchés à ce stade, estime Michael Michaelides. A 7 %, le taux d’intérêt à 10 ans est insoutenable, et la base d’investisseurs des dernières émissions est moins stable et moins diversifiée qu’auparavant. »

Les investisseurs pourraient s’inquiéter du niveau de la dette publique : 124 % du PIB à la fin de l’année, selon le Fonds monétaire international (FMI). En dépit de l’allongement de 7 ans des maturités des prêts européens consenti en juin, elle pourrait atteindre 138 % du PIB d’ici à 2017 et plus de 175 % d’ici à 2050, selon les économistes de Barclays. Comme pour la Grèce, les Européens pourraient se trouver dans l'obligation de mettre à nouveau la main à la poche. Le Portugal pourrait bénéficier d’une ligne de crédit de précaution du Mécanisme européen de stabilité (MES), ce qui rendrait ses titres de dette éligibles aux opérations monétaires sur titres de la BCE (outright monetary transactions - OMT). Plus probablement, Lisbonne pourrait avoir besoin d’un nouveau plan d’aide, de moins de 30 milliards d’euros selon les économistes de BNP Paribas, de 45 milliards selon ceux de Barclays.

Le risque est surtout politique. D’une part, les Portugais pourraient ne pas accepter les conditions strictes qui accompagneraient un nouveau programme. Même s’il a reflué au deuxième trimestre, le taux de chômage reste très élevé (16,4 %). D’autre part, certains responsables européens pourraient jeter de l’huile sur le feu en exigeant une restructuration de la dette détenue par les investisseurs privés, malgré la promesse faite en 2011 que la Grèce constituait un cas unique.

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