Le Portugal décrète l’austérité pour amadouer les marchés

le 02/12/2010 L'AGEFI Hebdo

Le secteur bancaire n’est pas en cause. Les investisseurs s’inquiètent du mauvais état de l’économie et des finances publiques.

Le Portugal n’a besoin d’aucune aide. » Le message des responsables portugais et européens ne passe plus auprès des marchés financiers, échaudés par les déclarations similaires sur l’Irlande, qui a finalement dû demander une aide de 67,5 milliards d’euros à l’Union européenne et au Fonds monétaire international (FMI). Le taux de l’obligation du Trésor portugais à 10 ans est monté jusqu’à 7 % le 25 novembre, contre 4 % en début d’année. De l’avis général, le Portugal pourrait être contraint à son tour de faire appel au Fonds européen de stabilité financière, probablement lors de son retour sur les marchés au printemps 2011, si les taux restent aussi élevés.

Le gouvernement a bouclé l’essentiel de son programme de financement pour 2010, à l’exception d’une émission de bons du Trésor, prévue le 15 décembre, de 500 à 750 millions d’euros. Mais il fait face à 9,7 milliards d’euros de dettes court terme qui arrivent à échéance au premier trimestre 2011, puis à 9,5 milliards de dettes long terme entre avril et juin. Au total, avec la couverture des déficits, son besoin de financement s’établit à 35,8 milliards d’euros (20,7 % du PIB) en 2011 selon le FMI, voire plus selon certains économistes. De quoi donner l’ordre de grandeur d’un éventuel plan de sauvetage.

Le Portugal souffre non seulement de la défiance des investisseurs envers les émetteurs périphériques, mais aussi de la faible liquidité de son marché secondaire. Le volume échangé chaque jour sur ses obligations s’est élevé en moyenne à 213 millions d’euros en octobre, contre 469 millions en octobre 2009. « Les flux sont très faibles, donc quelques ventes suffisent à décaler les taux très rapidement, explique Olivier de Larouzière, responsable de la gestion taux d’intérêt-change chez Natixis AM. Les vendeurs sont principalement des Européens de la zone euro. Les Anglo-Saxons interviennent très peu. En fin d’année, à l’approche de la clôture des comptes, les ‘market makers’ et les salles de marché veulent réduire leur exposition aux dettes périphériques. » Côté acheteurs, quelques banques centrales interviennent sur de faibles montants.

Des problèmes macroéconomiques

Le gouvernement mise sur le budget 2011 pour apaiser les investisseurs. Il entend ramener le déficit de 7,3 % cette année à 4,6 % en 2011 grâce à plus de 8,5 milliards d’euros d’économies (4,9 % du PIB), avec une croissance réduite à 0,2 %. « Les mesures de consolidation sont bien calibrées et crédibles, affirme Gonçalo Pascoal, chef économiste de Millenium BCP. Elles représentent le plus gros effort des vingt dernières années. Mais leur mise en œuvre est risquée car elles reposent aux deux tiers sur des réductions de dépenses. » Le budget prévoit notamment une diminution de 5 % de la masse salariale de la fonction publique et une hausse de 2 points de la TVA à 23 %.

« La situation budgétaire du Portugal aurait justifié qu’il demande l’aide de l’Europe avant même l’Irlande, estime Laetitia Baldeschi, stratégiste chez CPR AM. Ces dix dernières années, il n’a jamais réussi à dégager un excédent ou même à atteindre l’équilibre. » Pour sa défense, le Portugal souligne ses différences par rapport à l’Irlande : il n’a pas connu de bulle immobilière, sa dette reste gérable (83,1 % du PIB en 2010, selon le FMI) et, surtout, son secteur bancaire n’est pas en crise. De plus, les banques européennes sont moins exposées au risque portugais (155 milliards d’euros fin juin selon la Banque des règlements internationaux) qu’au risque irlandais (319 milliards). « La qualité des actifs s’est un peu détériorée cette année, mais le taux de prêts non performants (3,8 % en septembre, contre 1,61 % en 2007) n’est pas encore dramatique, constate Elena Iparraguirre, directeur du secteur bancaire chez Standard & Poor’s Madrid. En 2011, l’environnement économique plus difficile devrait continuer à mettre sous pression la qualité des actifs et la rentabilité. » Les banques portugaises, récemment dégradées par Fitch, rencontrent toujours des difficultés à se financer sur le marché interbancaire. Leurs emprunts auprès de la Banque centrale européenne ont atteint un pic de 49 milliards d’euros en août.

Les problèmes du Portugal sont davantage macroéconomiques : croissance molle et déficit de la balance courante de 10 %. « Le pays est entré dans un cercle vicieux, note Thibault Mercier, économiste de BNP Paribas, qui prévoit une baisse du PIB de 1,1 % en 2011. Pour rassurer les marchés, le gouvernement met en œuvre un plan de rigueur très ambitieux, ce qui va déprimer sa demande intérieure et pourrait entraîner une nouvelle récession. La probabilité qu’il fasse appel à l’aide européenne au cours des prochains mois est assez élevée. »

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