L'avis de... Philippe Waechter, directeur des études économiques de Natixis AM

« La politique monétaire est le seul facteur qui puisse soutenir l’activité »

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

La croissance américaine est-elle en train de ralentir ?

Oui, la croissance est très lente et sans impulsion à la hausse. Le nouveau profil du PIB, les enquêtes menées auprès des consommateurs et des chefs d’entreprise suggèrent un net ralentissement de l’activité, voire un changement de régime. Les données du marché du travail, y compris les données hebdomadaires, sont insuffisantes pour traduire une économie qui serait sur une dynamique en amélioration. En outre, le taux d’emploi est à un niveau très bas. Cela reflète la reprise insuffisante et peut-être un changement plus profond dans le fonctionnement du marché du travail américain. Le rythme de la croissance rend l’économie plus vulnérable aux chocs, comme celui sur les marchés financiers récemment.

Quels sont les relais de croissance ?

La situation est actuellement très dépendante de la consommation et de l’investissement car malgré un dollar très bas, les exportations ne progressent pas de façon spectaculaire. Or les ménages américains s’interrogent sur leur emploi, leur pouvoir d’achat, la valeur de leur maison et les baisses de dépenses publiques qui pourraient les affecter. La volatilité des marchés financiers peut les rendre encore plus prudents. Il faudra encore du temps, probablement trois ou quatre ans, pour qu’ils retrouvent des degrés de liberté dans leur comportement.

La décision de la Réserve fédérale de maintenir son taux directeur à un niveau exceptionnellement bas au moins jusqu’à mi-2013 peut-elle avoir un effet ?

La politique monétaire est le seul facteur qui puisse soutenir l’activité. Le dollar est au plus bas, la politique budgétaire est paralysée, et les consommateurs sont sous contrainte. Le rôle de la Fed est de réduire les obstacles qui vont continuer à freiner l’économie ces prochaines années et de permettre d’amortir les chocs. En maintenant son taux directeur entre 0 et 0,25 % pour encore deux ans, elle tire l’ensemble de la structure des taux vers le bas et oblige les acteurs de l’économie à modifier leurs arbitrages en faveur du présent. Cela incite les ménages à consommer tout de suite au lieu d’épargner. Pour accentuer ce phénomène, le président de la Fed Ben Bernanke fera probablement des annonces à Jackson Hole le 26 août. Cela peut être un QE 3 (troisième phase d’assouplissement quantitatif, NDLR) ou autre chose, la Fed ne manque pas d’imagination, mais avec un objectif clair de soutenir l’activité.

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