L'avis de... Sophie Mametz, économiste à Inter Expansion - Groupe Aprionis

« Le poids de la fiscalité contraint la rentabilité des PME »

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Peut-on tabler sur une reprise durable de l’investissement ?

Cette année, la croissance des investissements en France devrait se poursuivre mais de façon modérée. La dynamique s’est déjà ralentie au troisième trimestre 2010, avec une progression de 0,5 % par rapport à un accroissement de 0,9 % au trimestre précédent. C’est ainsi que pour l’ensemble de l’année 2010, le niveau total des investissements restera négatif. Ce manque d’élan s’explique par la prudence des entreprises privées, et en particulier des PME qui cherchent toujours à se désendetter. A titre indicatif, les flux de crédits nouveaux aux entreprises continuent de stagner. En outre, les PME ont plus de difficultés que les grandes entreprises, qui accèdent facilement aux marchés obligataires, à réunir les financements destinés à leurs projets. Le poids de la fiscalité est également un frein. En pesant fortement sur les charges de personnel, elle restreint les intentions d’embauches et contraint la rentabilité des petites sociétés qui peinent à restaurer leur profitabilité. La progression de l’investissement privé restera donc mesurée tandis que l’investissement public diminuera compte tenu de la volonté de diminuer les dépenses de l’administration.

Comment expliquez-vous le fort rebond du crédit habitat ?

Avec l’Italie, la France est le seul pays de la zone euro où les flux des crédits hypothécaires progressent en glissement annuel, de respectivement 9 % et 7,4 %. La faiblesse des taux d’intérêt n’en est pas le seul moteur. Les mesures du gouvernement français favorisant les primo-accédants ont encouragé cette tendance. Ce mouvement ne m’inquiète pas car le taux d’endettement global des ménages français, forts d’un taux d’épargne proche des plus hauts historiques, est l’un des moins élevés des pays développés et est en dessous de la moyenne européenne. En tout état de cause, si les prêts à l’habitat se multiplient, correspondant à 74 % des flux de crédits nouveaux consentis aux ménages au cours des six derniers mois, les flux vers le crédit à la consommation, quant à eux, continuent de se replier.

L’objectif de réduction du déficit public fixé par le gouvernement est-il atteignable ?

La diminution du déficit public à 6 % du PIB à la fin de 2011 est conditionnée à une croissance du PIB français de 2 %. Or, selon mes prévisions, avec l’hypothèse d’un maintien de la consommation privée, celle-ci devrait plutôt approcher 1,4 %. Si les baisses de dépenses publiques promises sont effectivement réalisées, le déficit public pourrait tourner autour de 6,2 % du PIB à la fin de l’année. Relativement faible, cet écart avec la prévision du gouvernement ne devrait pas éroder la crédibilité de la France auprès des marchés financiers.

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