DOSSIER Gestion diversifiée

Plébiscite pour la flexibilité

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Cette approche totalement revue privilégie davantage de diversification. Un pas de plus vers la gestion absolue.

Plébiscite pour la flexibilité

Retour en grâce. L’an dernier, la gestion diversifiée représentait l’une des thématiques les plus fréquentes dans les appels d’offres d’institutionnels. Investisseur emblématique, Novalis-Taitbout plaçait dans le marché 3 milliards d’euros tandis que l’Ircantec remettait en jeu l’ensemble de ses mandats en décembre 2010. Pourtant, cette approche de gestion qui consiste à panacher les classes d’actifs, généralement des produits de taux et des actions, a longtemps déçu. « Les rendements n’étaient plus au rendez-vous, entre la remise en cause de la surperformance des actions sur 10 ans et la disparition de l’actif sans risque », rappelle Rozenn Le Caïnec, directeur des gestions diversifiées à La Banque Postale Asset Management (LBPAM). L’optimisation de la gestion diversifiée a été ébranlée. Qui plus est, les institutionnels se sont aperçus que les gérants de portefeuille n’utilisaient pas à plein les marges de manœuvre dont ils disposaient. Nombre d’entre eux ont décidé de ne plus externaliser ce processus de gestion au cours de la dernière décennie. Mais n’est pas gérant qui veut. « Les directeurs financiers d’institutions ont constaté que le nombre d’instruments à suivre était devenu bien trop important et bien trop complexe pour eux, souligne Bruno Jonard, directeur général d’OFI Mandats. C’est ce qui a expliqué en partie leur souhait de déléguer à nouveau le pilotage de leur allocation tactique. »

Le retour à la case départ ayant eu lieu, il s’est fait moyennant quelques changements en profondeur. « Compte tenu d’un environnement bien plus volatil, l’allocation stratégique (répartition des investissements entre différentes classes d’actifs et zones géographiques, NDLR) et l’allocation tactique (changement dans la proportion d’actifs) ont presque fusionné », résume Xavier d’Ornellas, gérant au sein du pôle flexible et fonds dédiés au sein d’Amplégest. Finie la pondération figée 70 % en taux et 30 % en actions. « Reproduire un indice de performance composite avec une 'tracking error' déterminée par le client n’est désormais plus pertinent », confirme Frédéric Dodard, directeur Europe de la gestion diversifiée chez State Street Global Advisors. Parallèlement, et presque paradoxalement, les objectifs de gestion demeurent raisonnables. « Si la gestion diversifiée est revenue au goût du jour, atteste Xavier d’Ornellas, c’est entre autres à la faveur d’une volonté soutenue de diversification au sein des portefeuilles afin d’en abaisser la volatilité. » L’objectif affiché est désormais la préservation du capital confié net d’inflation, ce qui avait été perdu de vue, tant par les gérants que les clients, en temps d’euphorie boursière.

De nouveaux moteurs de performance

Si la gestion diversifiée a longtemps relevé d’une gestion simpliste avec deux grandes pondérations actions et taux, et que « la diversification s’opérait alors en actions des pays développés, précise Rozenn Le Caïnec, d’autres sources de diversification ont dû être trouvées ». L’immobilier, les matières premières, les devises… sont devenus de nouveaux moteurs de performance. Et puis, de nouvelles places financières se sont ouvertes aux investisseurs non domestiques… Pour capter les performances de sous-jacents très divers, la nature des supports d’investissement a été étendue : ETF (exchange-traded funds), ETN (exchange-traded notes), fonds, futures, dérivés… sont entrés en force dans les portefeuilles (lire page 35). « La liquidité des sous-jacents est déterminante, soulève Henri Chabadel, directeur des gestions Sigma de Groupama Asset Management. Nous recourons à des indices investissables pour dupliquer les performances des matières premières ou encore des fonds d’investissements spécialisés pour jouer la volatilité. » « Nous intégrons désormais des actifs réels, comme l’or, l’immobilier, les matières premières…, corrobore Anne-Laure Frischlander, directeur général de BNY Mellon AM en France, avec l’emploi de 'trackers' ou de titres aurifères, par exemple. Sur cette problématique de diversification des actifs sous-jacents s’est greffée celle de la gestion des risques. » Les maisons de gestion ont dû s’adapter en conséquence. C’est entre autres le cas de LBPAM dont l’expertise en gestion diversifiée est en cours de réorganisation. « Nous créons de nouveaux outils qui permettront d’avoir une vision globale des risques (crédit, marché, politique…), explique Rozenn Le Caïnec. Un gérant sera ainsi en charge d’observer ces données et de les intégrer à la construction des portefeuilles de nos clients. » La composition de ces fonds diversifiés « nouvelle mouture » s’assoit sur le beta de la stratégie établie avec l’investisseur à l’intérieur de laquelle la diversification s’opère par moteurs de style, de capitalisation, de secteur… « Chaque moteur de performance (taux, actions, matières premières, immobilier…) est noté, selon un processus quantitatif », détaille-t-elle. Une gestion tactique est alors mise en place autour de ce portefeuille optimal mensuel.

Recourir à différentes expertises

Autre évolution notable du processus de gestion : de plus en plus de flexibilité. La gestion des mandats et fonds diversifiés nouvelle génération est devenue plus dynamique et répond davantage à l’approche core satellite. « Le cœur de portefeuille est construit entre des actions (50 %), des produits de taux (25 %) et du monétaire (25 %) », développe Anne-Laure Frischlander, dont l’offre se résume à des fonds ouverts. Autour de cette allocation centrale sont adjointes des poches diversifiantes, avec l’utilisation des produits de couverture, technique venue tout droit de la gestion alternative. « Si certains investisseurs ont été échaudés par les contre-performances des 'hedge funds', la plupart d’entre eux sont attachés au recours à la couverture de leurs positions par l’emploi de dérivés simples (options sur des indices de marchés, NDLR) », indique-t-elle.

Pour piloter ces produits à la gestion devenue plus flexible, recourir à différentes expertises devient incontournable. Difficile en effet de rassembler autant de compétences dans un seul et même gérant. C’est le cas de Carmignac Patrimoine de Carmignac Gestion géré à plusieurs mains, de Groupama AM ou encore de LBPAM qui ont mis en place une équipe de gestion tactique d’allocation d’actifs qui dissocie la répartition des actifs de la sélection de titres. Mais à côté de ce processus radicalement assoupli a émergé le concept de « gestion flexible ». Si, pour Rozenn Le Caïnec, « il s'agit d'un mode de gestion diversifiée dont l’objectif est de délivrer un rendement absolu en vue de limiter l’impact de la baisse des marchés », pour d’autres, c’est une philosophie de gestion « salvatrice » qui vient corriger un travers de l’industrie. « Pendant longtemps, les gérants de portefeuilles pensaient qu’il fallait toujours rester investi pour gagner de l’argent, relève Louis Bert, président de Dorval Finance. La technique 'buy and hold' aussi bien sur les actions que sur les taux était imposée par une culture anglo-saxonne. Or avec la crise du début des années 2000, les institutionnels ont commencé à rejeter la gestion diversifiée en pointant du doigt une protection du capital qui avait failli, en raison d’une constante exposition de leur avoirs aux marchés. » Quelques années plus tard, la gestion flexible était née. Revendiquant de s’éloigner des indices de référence, le portefeuille peut être soit exposé à 100 % à une ou plusieurs classes d’actifs, soit totalement désinvesti. Si, pour Louis Bert, « il y a une véritable valeur ajoutée apportée par une vraie prise de décision du gérant », certains estiment que la formule ne peut pas convenir à tous les investisseurs. « Par nature adverses aux risques, certains institutionnels souhaitent garder la main sur l’allocation de leur portefeuille », remarque Henri Chabadel. Sans omettre que d’autres estiment le pari d’une totale réactivité difficile à réaliser. Il est vrai que « le 'market timing' est ici totalement délégué au gérant », note Louis Bert, qui ajoute, conquis : « La gestion flexible offre aux investisseurs une visibilité sur les changements de tendance. » Un précieux laboratoire d’observation pour les institutionnels.

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