L'avis de... Zsolt Darvas, économiste au centre de recherche Bruegel

« Le plan de réduction des dettes repose sur la croissance »

le 06/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Pensez-vous que l'objectif de diminuer le ratio de dette sur PIB de la Grèce à 124 % en 2020 soit réalisable ?

La troïka avait fixé un objectif similaire dans le premier et le deuxième programme arrêtés cette année. Mais cet objectif même n’était pas suffisant pour restaurer la confiance. De surcroît, le marché estimait que ce n'était pas faisable. Il ne faut pas perdre de vue que l'objectif est que la Grèce puisse retourner sur les marchés financiers. Si la dette est trop élevée et qu'elle est détenue en majorité par les créanciers publics, comme c’est le cas aujourd'hui, les investisseurs ne voudront pas prêter.

Peut-on être sûr que la Grèce ne tiendra pas cet objectif ?

Non. Tout dépend de la croissance économique. Si elle revient comme le prévoit la troïka, les mesures budgétaires peuvent donner des résultats. Mais jusqu'à présent, les prévisions ont toujours été trop optimistes et ont été systématiquement revues à la baisse.

On reproche de plus en plus souvent à la Commission de sous-estimer le multiplicateur budgétaire. Est-ce justifié ?

Le Fonds monétaire international (FMI) a raison au sujet du retournement conjoncturel. Quand le secteur bancaire ne fonctionne pas, l'impact du multiplicateur budgétaire peut être plus fort. En Grèce, il y a toutefois un autre facteur important : l'anticipation d'une possible sortie de la zone euro. En raison de cette éventualité, les entreprises ne veulent plus investir. La perspective d'une dépréciation brutale en cas de réintroduction d'une monnaie nationale incite les investisseurs à ne plus aller en Grèce. Tout cela tire la croissance vers le bas. L'ajustement budgétaire a bien un impact mais la possibilité d'une sortie de l'euro joue aussi un rôle important.

A l'horizon 2022, le FMI veut un ratio d'endettement inférieur à 110 % du PIB. Est-ce réaliste de réduire la dette aussi vite ?

Si la croissance est celle prévue dans les projections de la troïka et permet de dégager un excédent primaire allant jusqu’à 5 % du PIB, compte tenu du moratoire sur les intérêts des prêts du FESF (Fonds européen de stabilité financière, NDLR), alors oui, il est possible de diminuer la dette de 5 points de PIB par an entre 2020 et 2022. Mais le plan de réduction des dettes reste insuffisamment ambitieux, si bien qu’en définitive, tout repose sur la croissance. Si elle est au rendez-vous, la Grèce est sauve, sinon il faudra des mesures supplémentaires.

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