L'avis de... Simon Brazier, responsable actions Royaume-Uni chez Threadneedle

« Un plan de consolidation fiscal strict était une nécessité »

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment jugez-vous l’équilibre délicat choisi par le gouvernement britannique entre une politique d’austérité drastique et une politique monétaire laxiste ?

Etant donné le fort endettement du Royaume-Uni et ses niveaux de déficit, un plan de consolidation fiscal strict était une nécessité pour le pays. Mais afin de ne pas détruire la croissance, ce plan a dû être équilibré par une politique monétaire laxiste impliquant « une répression financière » destinée à garder les taux d’intérêt bas au travers de moyens plus ou moins conventionnels. Il est fort peu probable que nous assistions à un changement de cet équilibre sur le moyen terme dans la mesure où une déviation de ce plan par le gouvernement détruirait sa crédibilité fiscale. De la même manière, dans un contexte de deleveraging (désendettement, NDLR) et de durcissement fiscal susceptibles de contraindre l’activité au Royaume-Uni pendant un certain nombre d’années, la politique monétaire devrait rester laxiste. La variable principale sera l’inflation : les attentes à l’heure actuelle sont que l’inflation s’est maintenue a des niveaux assez bas avec une réduction des salaires en termes réels. Mais une inflation toujours élevée risquerait de pousser à la hausse les salaires, lesquels, à leur tour, exercerait davantage de pression sur l’engagement actuel du comité de politique monétaire à pratiquer une politique monétaire laxiste et des taux d’intérêt anormalement bas.

Quels sont les risques de cette politique pour le Royaume-Uni dans les toutes prochaines années ?

Les risques de récession persistent sur le court terme : la poursuite du deleveraging, le durcissement fiscal, l’insécurité de l’emploi, la chute des revenus, et plus directement un secteur de la construction déprimé et la perte d’activité probable suite aux jours fériés entourant la célébration du Jubilé sont autant de facteurs qui jouent en sa faveur. Une dépréciation de la livre sterling devrait aider les exportateurs mais la dévaluation est utilisée dans le monde entier comme un outil destiné à promouvoir la croissance. Un niveau d’endettement et de déficit élevés ajoutés à une faible croissance menacent le triple A du royaume, mais comme nous l’avons constaté avec les Etats-Unis dans un monde où toutes les dettes souveraines contiennent des risques, le statut de paradis - que le Royaume-Uni a acquis, au moins jusqu’à présent, au travers d’un plan de consolidation fiscal clair - devrait permettre de maintenir les yields à des niveaux historiquement bas, même si le Royaume-Uni finit par perdre son triple A.

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