Pierre-Yves Bareau, responsable des investissements en dette émergente chez JP Morgan AM

Pierre-Yves Bareau orchestre l’investissement en dette émergente chez JP Morgan AM

le 06/02/2014 L'AGEFI Hebdo

En quatre ans, le gérant a mis sur pied l’une des plus importantes équipes sur ce segment. Globale et intégrée.

Le ton reste posé malgré des moments difficiles pour les marchés émergents. Il faut dire que le Français Pierre-Yves Bareau a connu d’autres crises et qu’il peut se reposer sur l’équipe qu’il a constituée pas à pas dans la dette émergente depuis son arrivée chez JP Morgan AM en 2009, après dix ans passés chez Fortis. « Quand on vous donne carte blanche pour construire une équipe globale avec pour objectif de devenir leader du secteur, vous n’hésitez pas », se souvient-il. De l’embryon d’équipe non intégrée du départ, il a mis sur pied l’une des plus importantes du secteur avec 42 personnes et un encours de plus de 34 milliards de dollars sous gestion.

En tant que responsable des investissements sur ce segment, Pierre-Yves Bareau est le chef d’orchestre de cet ensemble. Si une partie de son temps est consacrée à l’organisation et au management, l’essentiel est passé à s’occuper de la stratégie d’allocation des fonds mixtes - investis en actions et obligations - et à gérer directement les portefeuilles total return.

Le choix d’une organisation globale est aujourd’hui d’autant plus judicieux que les marchés émergents recouvrent des réalités différenciées. «Dans un domaine aussi large et diversifié que la dette émergente où l’on va à la fois traiter de la dette souveraine et des obligations d’entreprises en monnaie forte (dollar, euro ou livre sterling), et en devise locale, dans des pays aussi variés que la Chine, le Brésil ou le Ghana, c’est nécessaire », justifie Pierre-Yves Bareau. L’équipe est globale parce qu’elle intervient sur l’ensemble des grandes zones géographiques (Asie, Amérique latine, Moyen-Orient, Afrique et Europe de l’Est) avec des présences locales (outre Londres et New York, des bureaux ont été implantés à Hong Kong, Shanghai, Taipei, Bombay et São Paulo), mais également parce qu'elle intègre des économistes, des gérants de portefeuille, des analystes crédit, des spécialistes des devises, des traders et des spécialistes produits. Cette organisation répond à la nécessité d’avoir un processus de gestion à la fois top-down et bottom-up. L’approche top-down va être délivrée par les différents économistes et stratèges présents dans les différentes implantations. Leurs opinions vont permettre aux gérants de réaliser leurs allocations. Le complément par une analyse bottom-up sur le terrain va être primordial.

Les synergies entre équipes jouent un rôle central. Par exemple, en ce qui concerne les dettes externes, c’est-à-dire en monnaie forte, le bureau de New York qui les gère va utiliser les ressources mises à disposition par les différentes équipes présentes localement. « Nous transmettons à Matias Silvani, le responsable de la gestion de dette externe, nos vues concernant l’économie brésilienne en particulier et  l’Amérique latine plus globalement », explique Julio Callegari, responsable de la gestion à São Paulo. Si l’analyse est réalisée localement, les décisions de gestion ne sont prises sur place que pour la dette en monnaie locale. La dette en monnaie forte est gérée par les gérants à Londres et à New York.

Lorsqu’il s’agit de dette corporate, les gérants puisent dans les valeurs sélectionnées par les analystes crédit locaux pour construire leurs portefeuilles. «Chaque analyste est en charge du suivi de 45 sociétés, ce qui nous permet de couvrir la quasi-totalité de l’univers d’investissement», indique Sam Soquar, responsable de la recherche corporate qui est basée à Londres. Les analystes vont rechercher les valeurs offrant le potentiel de génération d’alpha le plus important à travers une étude fondamentale de l’entreprise et de sa valeur relative. «Nous utilisons les mêmes ratios que pour les sociétés des pays développés, indique Sam Soquar. La différence se trouve dans la gouvernance de ces entreprises.»

Mais pour que cette belle mécanique fonctionne les différents spécialistes doivent communiquer et dialoguer. Les équipes échangent entre elles via un système de chat et partagent aussi les informations contenues dans les bases de données internes. «Nous avons une conférence téléphonique quotidienne permettant de faire le point sur les positions dans les portefeuilles, les opérations en cours, les nouvelles idées d’investissement ou les émissions du jour, décrit Joanne Baxter, co-gérante du fonds total return avec Pierre-Yves Bareau. Le moment le plus important est la réunion hebdomadaire du mardi consacrée à la stratégie d’investissement.» De son côté, Pierre-Yves Bareau participe chaque vendredi à la réunion hebdomadaire sur les taux, ce qui lui permet de confronter ses vues avec ses collègues sur les autres marchés.

Une autre pierre importante de l’édifice est l’intégration au sein de l’équipe des traders en charge de l’exécution des ordres. «L’objectif premier est d’exécuter les 'trades' dans les meilleures conditions. L’autre raison qui nous a poussés à internaliser le trading est de pouvoir conserver la mine d’informations que l’on peut collecter sur le marché et qui serait perdue si l’on passait par une table d’exécution», affirme Emil Babayev, gérant de portefeuille sur la dette en dollar et responsable du trading. C’est d’autant plus justifié dans la dette émergente que ce marché peut parfois être peu liquide et très volatil.

Au-delà de la dynamique d’équipe, Pierre-Yves Bareau joue la carte de la synergie avec les autres expertises au sein de JP Morgan AM. D’abord avec ses collègues des actions émergentes avec qui il co-gère un fonds d’allocation positionné sur la dette et les actions. «C’est une chance d’appartenir à un groupe comme JP Morgan en termes de ressources et d’informations», explique Pierre-Yves Bareau. Son équipe profite ainsi de la recherche effectuée par les économistes du groupe qui délivrent chaque trimestre leurs prévisions macroéconomiques, ainsi que de l’expertise des autres pôles d’investissement. «Lorsqu’en mai dernier la question du 'tapering' a commencé à se poser plus clairement, nous avons travaillé avec nos collègues spécialisés sur les taux américains pour comprendre ce que voulait faire la Fed et quelles pourraient être les conséquences pour les marchés émergents.» De fait, dans un secteur du marché ayant accusé l’an dernier d’importants rachats, J.P. Morgan AM revendique 4 milliards de collecte nette en 2013 sur la dette émergente.

La collaboration avec le reste du groupe permet à l'équipe de Pierre-Yves Bareau d’économiser du temps et de se concentrer sur ses sujets de prédilection mais aussi d’avoir un regard d’expert sur les aspects liés à d’autres marchés. «De la même façon, s’il y a demain une crise en Chine, les autres équipes à l’intérieur du groupe se reposeront sur notre expertise et sur nos vues», complète-t-il. Compte tenu de la taille de JP Morgan, l’interaction avec les autres équipes de gestion permet de comprendre les évolutions dans l’allocation des investisseurs et d’anticiper leurs impacts sur les marchés et sur la liquidité. «Ce sont surtout les investisseurs particuliers qui sont sortis de la classe d’actifs, les institutionnels ont renforcé leurs positions», affirme même Pierre-Yves Bareau.

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