Philippe Germa gère les projets « environnement » chez Natixis E&I

le 09/06/2011 L'AGEFI Hebdo

En parallèle à ses activités infrastructures, cette filiale de banque est devenue la première société de gestion de crédits CO2 en France.

L’accompagnement. » Le maître mot chez Philippe Germa et ses équipes de Natixis Environnement & Infrastructures (E&I). Au-delà de la communication, dont il a été un expert, ce docteur en sciences économiques a mis sa passion pour l’écologie au service de la banque. Nommé conseiller technique auprès du ministre de l’Environnement Brice Lalonde - sur différents programmes législatifs sur l’eau, les déchets, les voitures ou emballages « propres » -, puis délégué général et administrateur du parti Génération Ecologie, il fonde en 1993 Iena Environnement à la demande d’ABN Amro. La banque néerlandaise, impliquée dans la dette infrastructures, voit dans cette société d’ingénierie financière spécialisée un complément à ses services.

Energies renouvelables

En 1999, la CDC reprend 50 % de la société de gestion, puis 100 % un an plus tard. « A l’époque, il y a un manque de fonds privés dans les infrastructures, explique Philippe Germa. L’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, NDLR) nous propose de lancer, en 2002 avec d’autres investisseurs, le premier Fonds d’investissement de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Fideme). » Ce fonds de 46 millions d’euros a depuis été investi entièrement dans 27 projets nouveaux (greenfield), représentant 300 mégawatts essentiellement dans l’éolien. L’équipe de quatre professionnels a initié début 2010 la levée d’Eurofideme 2 (54 millions sur un objectif de 250), « un deuxième fonds destiné à des projets européens diversifiés (éolien, photovoltaïque, biomasse), indique son directeur Raphaël Lance. Nous avons déjà investi dans trois projets, dont le développeur Vol-V à Montpellier ». En 2004, une ordonnance avait aussi rendu possibles les partenariats public-privé (PPP) sur les infrastructures publiques non marchandes (hôpitaux, écoles, etc.) : pour épauler les Caisses d’Epargne auprès des collectivités, la société de gestion lance donc le premier Fonds d’investissement et de développement des partenariats public-privé (Fideppp, 200 millions venus du groupe), également greenfield. « Nous l’avons aujourd’hui engagé à 70 % sur treize projets, avec une diversification, notamment sectorielle, qui nous confère une expérience unique en France », note Gwenola Chambon, directrice de l’équipe de six professionnels qui vient de participer au financement du projet « Balard ».

Entre ces deux initiatives, Natixis E&I avait suivi de près « les mécanismes de marché du CO2 mis en place dans le cadre du protocole de Kyoto pour développer, sur le modèle du marché du SO2 aux Etats-Unis en 1995, une approche mutualisée plus efficace et durable qu’une taxation ou une réglementation individualisées », estime Philippe Germa. Partant de là, il crée en 2005, avant même l’existence d’un marché organisé, l’European Carbon Fund (ECF, 143 millions) avec la CDC et treize autres institutions financières européennes. Le métier de cette troisième équipe : repérer dans les pays en voie de développement les projets d’infrastructures dépolluantes ou d’énergies renouvelables susceptibles de générer, dans le cadre des mécanismes de développement propre (MDP) prévus par Kyoto, des « crédits carbone » (CER, certified emission reduction), sortes de « droits à polluer » que peuvent acquérir les industriels en déficit de quotas EUA (european union allowance).

Le fonds ECF a ainsi accompagné 27 projets, acquérant par anticipation plus de 42 millions de tonnes de CO2 entre 2005 et 2011. Dans la production d’énergie éolienne (au Maroc, en Chine), le recyclage de biomasse, la valorisation de gaz méthane (en Chine, au Brésil, en Argentine), etc. « Nous avons étudié 300 dossiers dans le monde, notamment découverts via les réseaux de la banque », précise son directeur Gautier Quéru. Le fonds signe donc un contrat long terme avec le porteur du projet, s’engageant sur un prix généralement fixe qui permet de le financer, alors que le prix des CER - aujourd’hui autour de 13 euros - varie, en Europe de manière corrélée avec celui des quotas EUA - autour de 17 euros. Outre le risque de marché, la décote d’au moins 20 % sur ces CER « primaires » s’explique aussi par les risques liés au projet, au porteur du projet, au pays, au circuit d’enregistrement ONU (Organisation des Nations unies), etc.

Tendance CO2 « durable »

Les porteurs de projets apprécient ce genre de contrepartie spécialisée s’appuyant sur un service « titres » et un accès au marché coté (BlueNext) ; de même que les acheteurs (énergéticiens, compagnies aériennes, etc.) qui mutualisent ainsi leurs besoins tout en diversifiant leurs risques de prix. « Depuis deux ans, les risques structurels sur le prix (hors fraudes, NDLR) ont globalement baissé du fait d’une certaine sophistication, constate Philippe Germa, avec notamment des dérivés et ventes à terme qui peuvent permettre à un investisseur de se couvrir et/ou de réaliser tout de suite une partie de sa marge en dosant bien ses positions. » Outre un bon « calibrage » du contrat de départ, l’équipe de sept professionnels (dont deux à Pékin) doit accompagner les porteurs de projets au quotidien, dans l’ingénierie, l’exécution, les procédures administratives, etc.

« En 2009, la crise a simultanément réduit les besoins de quotas industriels et calmé l’enthousiasme naissant des investisseurs privés, ajoute l’analyste de l’équipe, Adrien Assous. Le blocage des Etats-Unis a freiné l’engagement de pays émergents et introduit une incertitude réglementaire » (L’Agefi Hebdo du 2 septembre 2010). Aujourd’hui, les investisseurs ont fait leur deuil d’un marché mondial ; le protocole de Kyoto se déclinera localement, comme pour l’Europe qui, avec sa directive EUA, offre de la visibilité jusqu’en 2020. Les institutions privées semblent prêtes à revenir sur ce marché, qui sera de toute manière nécessaire pour les industriels, dont les droits à quotas gratuits et les facilités à générer des CER via les gaz industriels vont s’éteindre à partir de 2013...

« On apporte de la liquidité sur un marché très spécialisé lié à la régulation, donc relativement prévisible, et tendanciellement haussier », explique Philippe Germa, évoquant un rendement qui, au-delà de la prime de premier entrant, devrait s’homogénéiser à terme. « Même si les cours du CO2 varient aussi selon l’activité économique, le climat et le mix énergétique », poursuit Gautier Quéru. Outre les arbitrages induits entre CER et quotas EUA, le marché commence à vivre les suites de Fukushima : une utilisation accrue d’énergie thermique pour remplacer le nucléaire renforcerait les besoins de quotas EUA, au contraire des énergies propres. « Au-delà de nos complémentarités stratégiques, nos équipes échangent leurs informations et savoir-faire », disent en chœur Gautier Quéru et Raphaël Lance... Si les synergies avec les PPP sont moins évidentes, Philippe Germa s’attelle à orchestrer ces équipes de 31 professionnels (avec les fonctions supports et la filiale Cube Infrastructures*) au quotidien, ainsi que dans leurs démarches commerciales, comme cette semaine pour la présentation à Carbon Expo d’un nouveau fonds « compliance » à destination des industriels clients de la banque.

*Une filiale de Natixis E&I gère ce fonds ‘brownfield’ de 1 milliard d’euros

L'équipe

Steve Ledoux, chargé d’investissement PPP

Emilie Lafond, assistante

Romain Uthurriague, chargé d’investissement PPP

Nicolas Hayon, stagiaire analyste CO2

Khayar Ba, analyste middle-office

Clotilde Bobineau, stagiaire analyste CO2

Vincent Cassagne, analyste

Delphine Dion, chargée d’affaires générales

Gautier Quéru, directeur des fonds CO2

Philippe Germa, directeur général

Mounir Corm, chargé d’investissement senior PPP

Léa Shuangxiao Zhang, investment manager CO2

Xavier Martin, analyste (Eurofideme 2)

Marcelle Deiber, gestionnaire middle-office

Gwenola Chambon, directeur de l’équipe PPP

Adrien Assous, économiste CO2 

Raphaël Lance, directeur général adjoint

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