Rencontre avec... Didier Davydoff, directeur de l'Observatoire de l'épargne européenne

« Un phénomène de ‘décumulation’ financière apparaît en Europe »

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

L’assurance-vie décollecte depuis quelques mois, l’épargne longue n’a plus les faveurs des épargnants et de la classe politique. Est-ce un phénomène typiquement français ?

Non, la question de l’insuffisance d’épargne longue est généralisable à l’ensemble de l’Europe et concerne tout aussi bien l’assurance-vie que l’épargne retraite ou les fonds de pension. Au Royaume-Uni, depuis plusieurs années, les cotisations aux fonds de pension ne couvrent plus les prestations. Le gap est aujourd’hui de 13 %. C’est énorme et les revenus des placements des fonds de pension ne permettront pas longtemps d’assurer l’équilibre. Les revenus de l’épargne longue étaient censés satisfaire les besoins de retraite futurs. Ce ne sera sans doute pas le cas.

La crise économique et financière a-t-elle modifié le paysage de l’épargne en Europe ?

Assurément, la crise fait apparaître d’importantes modifications. Nous percevons un phénomène de « décumulation » financière en train de naître un peu partout en Europe. L’épargne change d’usage et désormais les ménages consomment le capital accumulé. Nous connaissons la théorie du cycle de vie de Modigliani : une première phase consacrée à l’endettement, une deuxième de formation du capital et une troisième de consommation de l’épargne accumulée. Jusqu’à maintenant, la troisième phase ne s’appliquait pas à la réalité européenne : les ménages continuaient d’épargner après la retraite en fonction de l’espérance de vie, de la dépendance au « quatrième âge » ou pour leurs héritiers. Désormais en Europe, le capital est de plus en plus consommé en troisième phase. Conséquence directe de la crise, en Espagne, les retraits d’épargne financière des ménages sont globalement supérieurs aux nouveaux placements, ce qui est un phénomène historique très rare.

Est-il encore possible de mettre en place une politique de l’épargne orientée vers le long terme et la préparation de la retraite ?

Regardons ce qui a été fait en Allemagne avec les plans Riester, une épargne retraite avec sortie en rente souscrite par plus de 14 millions de personnes. On pourrait s’en inspirer. On peut verser sur ces plans jusqu’à 4 % du salaire avec un abondement de l’Etat. C’est un système important et surtout redistributif puisque les non-imposables sont concernés. Surtout, l’astuce a consisté à s’appuyer sur tous les intermédiaires financiers pour distribuer ce produit, sur tous les réseaux par le biais de l’assurance-vie, des produits bancaires ou des fonds d’investissement. Les associations de consommateurs ont certes critiqué le système au motif que les intermédiaires financiers récupéraient dans leurs marges une partie des primes de l’Etat à chaque chargement des plans. Mais si l’on tire un bilan des plans Riester, c’est un succès.

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