La perspective de Solvabilité II laisse beaucoup d’assureurs de marbre

le 07/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Les résultats de l’enquête réalisée par L’Agefi et OFI AM sont à l’image de la diversité des profils des acteurs du secteur.

Tous les acteurs du monde de l’assurance n’attendent pas avec le même degré d’anxiété la mise en œuvre début 2012 de la directive Solvabilité II, qui imposera de nouveaux modes de calcul des exigences en fonds propres. L’enquête menée conjointement par L’Agefi et OFI Asset Management auprès d’une soixantaine d’entre eux - dont plus de la moitié ont moins de 100 collaborateurs - révèle, par exemple, que près d’un tiers des établissements du secteur n’en mesurent pas encore aujourd’hui les « impacts réels ». Si seuls 19 % des professionnels interrogés considèrent que l’état d’avancement de leur entreprise concernant le pilier 1 de la directive (Collecte et calcul des données) n’est pas bon (note inférieure à 5 sur 10), et que cette proportion atteint 31 % pour le pilier 2 (Contrôle des risques), ils sont 51 % à avoir ce sentiment au sujet du pilier 3 (Communication, reporting), dont les contours demeurent encore imprécis.

Un manque de préparation qui s’explique sans doute par le sentiment de beaucoup que l’impact de ces futures règles sur leurs allocations d’actifs ne sera pas si fort. C’est ainsi d’ailleurs que près de la moitié des acteurs estiment que Solvabilité II n’est pas « de nature à modifier l’organisation de (leurs) placements ». « Ces résultats sont à mettre au regard de la diversité des entreprises, les ‘monobranches’ dont les activités, retraite, vie, prévoyance, ont des engagements longs, donc des actifs long terme aussi, seront plus pénalisées que celles dont les activités, la santé en particulier, ont des horizons plus courts », interprète Stéphane Dorlencourt, directeur risk management du groupe OFI.

Des fonds propres abondants

Les trois quarts des assureurs avouent même n’avoir aujourd’hui pas « modifié leurs allocations », ceux qui envisagent de le faire s’apprêtant le plus souvent (61 %) à attendre fin 2012… « Nous n’avons pas modifié notre allocation, car la chute des marchés de 2008 a conduit à un repositionnement naturel des actifs et à une réduction importante des actifs risqués (actions, fonds alternatifs), témoigne Jérôme Thierrée, directeur financier d’EOVI mutuelle Drôme Arpica. Et surtout notre activité unique, la santé, représente un risque court, à six mois. Aussi, l’allocation d’actifs est plus souple que pour les risques longs et nous pouvons accepter dans une certaine mesure un coût en capital élevé pour les actions. Nous n’en serons pas pour autant moins solvables. »

En outre, à la diversité des activités s’ajoute une diversité de situations financières. Or la cinquième étude d’impact de la directive (QIS5) menée en Europe fin 2010 a fait apparaître, chez les compagnies d’assurances françaises ayant répondu, un surplus de 81,5 milliards d’euros (et même 395 milliards au niveau européen) sur le seuil de capital cible (SCR, Solvency Capital Requirement). « De nombreux organismes se sentent aujourd’hui confortables, constate Stéphane Dorlencourt. Une petite mutuelle de santé qui a des fonds propres abondants n’est pas en risque, donc peut se permettre de ne pas modifier une allocation adaptée à son objectif de revenus. » Une bonne proportion (44 %) est ainsi encore exposée à hauteur de plus de 10 % aux actions, tandis que plus du tiers envisage d’accroitre cette exposition dans les six prochains mois. Et si un tiers aussi des répondants ont l’intention d’exclure certains produits, ce sera surtout pour des raisons de transparence. « Les investisseurs soumis à Solvabilité II auront besoin d’une transparence ligne à ligne pour calculer leurs risques actions, devises, de taux, de contrepartie ou de ‘spread’, ce que certains produits ne leur fourniront pas », relève Stéphane Dorlencourt.

Dans ce contexte, le recours à un modèle interne afin de réduire le coût en capital de certains actifs et non à la formule standard imposée par la directive ne soulève pas l’enthousiasme. Seuls 19 % d’entre eux pensent s’engager sur cette voie. « Nous sommes nombreux à ne pas avoir la taille critique pour mobiliser les ressources pour produire et justifier des modèles internes », confirme Jérôme Thierrée, dont la mutuelle compte pourtant un million d’adhérents. Une preuve, à nouveau, de l’hétérogénéité des approches.

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