La perspective de la levée des sanctions sur l'Iran anime le secteur de l’énergie

le 05/12/2013 L'AGEFI Hebdo

A moyen terme, le retour sur le marché d’un producteur doté d’importantes réserves de pétrole et de gaz pourrait avoir un effet baissier sur les prix.

L'accord préliminaire de Genève conclu le 24 novembre pour une durée de six mois entre la République islamique d’Iran et six grandes puissances mondiales – les Etats-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, l'Allemagne, et la France –, près de trente-quatre ans après la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et Washington, n’est pas considéré seulement comme la résolution d’une vieille impasse diplomatique. C’est une bonne nouvelle pour le monde des affaires. « La diminution de tensions géopolitiques est toujours positive pour l’économie. Elle permet de limiter la volatilité sur les marchés », commente Pascal Devaux, économiste de BNP Paribas.

Le texte adopté prévoit une limitation de l’enrichissement d’uranium en Iran en échange d’un allégement évalué à près de 7 milliards de dollars des sanctions économiques imposées au pays depuis deux ans. L’industrie automobile et la pétrochimie devraient en bénéficier mais les principales restrictions demeurent, notamment dans les secteurs bancaire – la majorité des 100 milliards de dollars d’avoirs iraniens en devises restent bloqués –, et pétrolier. Ce qui signifie que les ventes de pétrole brut de l’Iran, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), doté des quatrièmes réserves mondiales de pétrole, augmenteront peu d’ici à l’été. Les exportations de produits pétroliers devraient rester au niveau d’un million de barils par jour, «  de 60 % en dessous du niveau d’il y a deux ans. Dans les mois à venir, elles pourraient augmenter de 400.000 barils par jour au maximum, en raison des sanctions restantes mais aussi des défis techniques posés par le redémarrage des sites de production fermés », selon Byblos Bank.

Il n’empêche, les cours pétroliers se sont repliés dès la confirmation de l’accord. Les investisseurs ont analysé l’initiative de Genève comme le présage d’une levée plus importante des barrières à l’export iranien. De là à anticiper le futur juste prix du pétrole à moyen terme, « c’est impossible ! Le marché de l’énergie est complexe et certains facteurs sont parfois surestimés ou sous-estimés », met en garde Aurélien Duthoit, directeur d'études chez Xerfi Global, se référant à la nouvelle indépendance énergétique des Etats-Unis qui a pris de court nombre de spécialistes. « Il est plus raisonnable de prédire des bandes de fluctuation. Je pense qu’à court et à moyen terme, les prix du pétrole devraient osciller entre 100 et 120 dollars le baril », estime Aurélien Duthoit.

La nécessité pour les pays producteurs – aux économies faiblement diversifiées pour la plupart – de conserver leur rente pétrolière est un frein à une forte baisse des cours. « Un prix d’équilibre qui convient à l’Arabie Saoudite, dont le secteur pétrolier représente 21 % de son PIB en termes réels, est 100 dollars le baril, » rappelle Pascal Devaux. Le pays, qui se définit lui-même comme un stabilisateur des prix mondiaux du pétrole, « pourrait ajuster sa production afin de compenser un éventuel surplus d’offre », expose Pascal Devaux. A moyen terme, « un plus gros compétiteur de l'Arabie Saoudite à l'export sur les marchés pétroliers serait l'Irak, si ce pays, par ailleurs fortement influencé par l'Iran, exploitait toutes ses capacités de production », estime l'économiste.

Place au gaz

Les revenus de cette manne sont nécessaires à l'Iran pour alimenter ses ressources externes et boucler son budget, en déficit de 2,9 % du PIB en 2012-2013 (exercice fiscal achevé le 30 mars) et qui pourrait se creuser à 4,7 % du PIB en 2013-2014, selon les estimations de l'Institute of International Finance (IFF). Mais si Téhéran redevient un acteur influent du marché pétrolier, il est vraisemblable qu'une grande partie de sa production alimentera la consommation interne. L'économie iranienne est la plus diversifiée de la région.

Pour ce qui concerne la substitution à l’œuvre au niveau mondial du pétrole par le gaz, la donne avantage l'Iran, doté des premières réserves mondiales de gaz. « Il faudra d'importants capitaux étrangers pour en financer l'exploitation, tout comme la remise en état de l'économie d'ailleurs, mais ceux-ci devraient affluer si les sanctions internationales sont levées », souligne Aurèlien Duthoit.

Les partenaires asiatiques de l'Iran devraient en être d'importants contributeurs, dont la Chine, la Corée du Sud et le Japon, de grands importateurs de ressources énergétiques. « La relation entre l'Iran et le Japon est toujours restée amicale », rappelle Saiko Yoshida, présidente de S.Y. International, société de conseil. La visite des 9 et 10 novembre du ministre des Affaires étrangères japonais, Fumio Kishida, au président iranien, Hassan Rouhani, a sans doute préparé le terrain à un renforcement des échanges.

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