L'avis de... Jean Médecin, CFA, spécialiste produits senior chez BNP Paribas Investment Partners

« Les périodes d’accélération sont les plus pénalisantes »

le 07/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Quel est le principal impact de l’inflation sur la gestion d’actifs ?

L’inflation est une érosion de la valeur de la monnaie et agit ainsi directement sur le rendement réel des actifs. Elle a aussi un impact indirect par son incidence sur la valorisation des actifs financiers : celle-ci dépend de l’évolution des taux d’intérêt, lesquels sont un des principaux outils de contrôle de l’inflation utilisé par les banques centrales. Le gérant doit en tenir compte dans son allocation d’actifs. Mais il n’y a pas de recette miracle.

Pour quelles raisons ?

L’inflation est une notion complexe et hétérogène, rendant les comparaisons difficiles. L’indice des prix n’est pas calculé de la même manière d’un pays à l’autre. Aux Etats-Unis par exemple, le logement et l’énergie représentent 35 % de l’indice, contre 15 % en Europe. Du coup, en fonction des causes à l’origine de la hausse des prix, l’évolution de l’indice d’inflation et les paris en termes de gestion d’actifs seront différents d’un pays à l’autre.

Faut-il tenir compte de l’inflation globale ou sous-jacente ?

Le marché tient compte tant de l’inflation globale que de sa composante sous-jacente, c’est-à-dire hors évolution des prix des matières premières, de l’énergie et de l’alimentation, plus volatils. C’est sur la base de l’inflation sous-jacente - moins volatile et ne risquant donc pas d’entraîner de surréaction - que les banques centrales prennent leurs décisions de politique monétaire. Mais c’est l’indice global qui tend à affecter le comportement des agents économiques et la valeur de la monnaie à long terme.

Doit-on appréhender différemment les phases du cycle inflationniste ?

Les périodes d’accélération sont les plus pénalisantes. Dans ce cas, on peut privilégier les matières premières - leur hausse précède ou est concomitante à l’accélération de l’inflation - ainsi que les obligations indexées sur l’inflation, à condition de le faire relativement tôt afin d’accéder à une liquidité suffisante. En revanche, obligations classiques et actions sont pénalisées car la hausse des taux d’intérêt réduit la valeur actualisée des rendements futurs. En période d’inflation stable, même élevée, on pourra alors élargir la stratégie d’investissement aux actions et aux obligations classiques.

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