La perfection du banal

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Cité comme un exemple dont il faudrait s’inspirer, le Mittelstand - ce tissu d’entreprises industrielles allemandes fortement exportatrices - est un objet d’études récurrent en France. Ce n’est assurément ni un pigeonnier à la française, ni un agglomérat de PME qui auraient trouvé le graal de la compétitivité. Le Mittelstand n’a en effet pas grand-chose à voir avec un système d’incubateurs d’entreprises à peine nées et déjà vendues. C’est tout au contraire une majorité silencieuse, faite d’entreprises familiales construites pour durer et se développer, fières de leurs racines locales et dont le point commun est d’éviter d’être cotée en Bourse ou de tomber dans l’escarcelle d’un grand groupe. « Il n’y a pas de définition précise du Mittelstand... C’est un chemin de croissance entre la petite entreprise et le champion caché au chiffre d’affaires pouvant aller jusqu’à 3 milliards d’euros », explique Jean-Daniel Weisz, co-auteur avec Dorothée Kohler d’un tout récent rapport au Fonds stratégique d’investissement (FSI)* sur le sujet. « C’est une notion culturelle », qui nécessite la recherche « d’une amélioration constante du service » et permet « des marges élevées. Le tout dirigé par des hiérarchies plates... C’est la perfection du banal », résume Dorothée Kohler.

Cette quête de la perfection industrielle se combine à un ingénieux système de financement bancaire décentralisé, facteur déterminant du succès du Mittelstand. Le cœur de l’écosystème du Mittelstand est en effet la Hausbank, pour l’essentiel des caisses d’épargne (Sparkassen) et aussi des banques mutualistes et coopératives (Volksbanken, Raiffeisenbanken, Genossenschaftbanken). Banque locale intégrée dans un réseau régional, la Hausbank ne se contente pas de financer l’exploitation courante de l’entreprise mais accompagne aussi sa stratégie par des conseils et des prêts à long terme. Le faible développement du private equity et la « défaillance du marché » à financer les entreprises s’expliquent aussi par l’importance du financement public. Pas moins de 90 fonds publics œuvrent en Allemagne, sans oublier la KfW (Kreditanstalt Für Wiederbau) qui dispose de ses propres instruments. Il convient d’ajouter que chaque Land dispose d’une banque publique d’investissement et lui apporte sa garantie, par exemple la Landeskreditbank dans le Bade-Wurtemberg - à ne pas confondre avec les Landesbanken. Une couche supplémentaire est composée de sociétés de participation et de banques de garantie et de cautionnement. Avec un tel système, le risque se dissout (les garanties sur les prêts et les quasi-fonds propres peuvent aller jusqu’à 80 %).

Tout n’est pas rose au royaume du Mittelsatnd. L’augmentation des fonds propres contribue à réduire la part du financement par la Hausbank, indique l’étude. Les entreprises sont de plus soucieuses de diversifier leurs sources de financement. Enfin, problème des sociétés familiales, le Mittelstand n’échappe pas à la question de la transmission d’entreprise : quelque 110.000 patrons doivent passer la main d’ici à 2014.

*’Pour un nouveau regard sur le Mittelstand’ - La documentation française.

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