L'avis de... Paul de Grauwe, économiste, London School of Economics

« Les pays du Sud sont condamnés à l'austérité »

le 07/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Vous jugez l’austérité dans les pays du sud de l’Europe contre-productive à cause d’un multiplicateur budgétaire de 1,4. Pourquoi un tel effet récessif ?

La Commission européenne a imposé l’austérité à tous les pays. Quand on force tout le monde à faire de la consolidation budgétaire à marche forcée, dans le même temps la dynamique déflationniste est renforcée… et la récession empêche d’assurer le service de la dette. Le problème vient du fait que la Commission analyse chaque pays différemment sans prendre en compte les externalités. Si elle avait une vue d’ensemble, elle demanderait aux pays du Sud de poursuivre la consolidation, à un rythme moins rapide, et à ceux du Nord qui en ont les moyens, de stimuler leur économie. Mais faute de courage politique, la Commission n’a pas su tenir tête aux pays créanciers.

Pourquoi considérez-vous que la politique menée depuis 2009 a échoué ?

Les pays du Sud sont toujours en récession, même si la zone euro dans son ensemble en sort tout juste. La Commission européenne avait axé tout son discours sur la crédibilité et la confiance que ces plans de rigueur généreraient. Elle pensait que les marchés financiers auraient une réaction positive. Ce n’est pas ce qui se passe. Même quand ces pays sortiront de la récession, leur endettement sera nettement plus élevé que lorsqu’ils y sont entrés. Compte tenu de la charge des intérêts, ils se trouvent condamnés à l’austérité budgétaire.

Tablez-vous sur des restructurations de dette ?

La classe politique de ces pays a tellement investi son capital dans cette stratégie de consolidation rapide qu’elle n’est pas prête à changer de ligne. Et plus on attend, plus la restructuration sera douloureuse. Dans le cas de l’Italie, il faudrait dégager un excédent primaire de 4 % pendant 16 ans pour diviser de moitié la dette.

Quelle leçon tirer du précédent grec ?

Cette restructuration était insuffisante. Moins de deux ans après, l’endettement est revenu à son niveau initial. Non seulement il faut des restructurations plus importantes, mais aussi les faire suivre par des politiques de soutien à la croissance. Sans intervention de la Banque centrale européenne, ce sera très difficile.

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