Les pays du sud de l'Europe redeviennent des terres d'émigration

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

De plus en plus de jeunes Irlandais, Portugais et Espagnols quittent leurs pays pour aller travailler en Allemagne et dans les pays anglo-saxons.

La quasi-stagnation des revenus et le chômage de masse dans les pays périphériques nourrissent une nouvelle vague d’émigration sur le continent européen. La population en âge de travailler a diminué de 0,9 % en Irlande au premier semestre par rapport à la même période l’an dernier selon Eurostat, de 0,7 % au Portugal, de 0,6 % en Espagne et de 0,1 % en Grèce et en Italie ; alors qu’elle a crû de 0,2 % en Allemagne (voir le graphique). L’Irlande enregistre un solde migratoire négatif pour la quatrième année consécutive, 87.100 personnes, dont 53 % d’Irlandais, ayant quitté l’île entre avril 2011 et avril 2012, selon le Central Statistics Office. Toutefois, en valeur absolue, le mouvement est sans commune mesure avec les vagues migratoires des années 60.

« A court terme, ces flux sortants de populations pourraient limiter la hausse du chômage et des dépenses sociales », explique Michael Saunders, économiste de Citi. En effet, le taux de chômage en Irlande est à peu près stable depuis un an (14,8 % en septembre). Sans la hausse de l’émigration et la baisse de l’immigration, le taux de chômage aurait été plus élevé de 3,5 points de pourcentage en Irlande et de 1,7 point en Espagne en 2010, selon une étude d’économistes de Deutsche Bank.

Fragilité budgétaire ?

« Cependant, à long terme, ces baisses de populations pourraient rendre encore plus difficile le retour de ces pays à la viabilité budgétaire, affirme Michael Saunders. Une contraction démographique signifie une réduction de l’assiette fiscale, surtout si le déclin de la population concerne les jeunes. De plus, étant donné les prochains déficits des systèmes de retraite, de nombreux pays ont besoin de plus d’immigration. » L’émigration des jeunes concerne surtout les plus qualifiés en Irlande et en Espagne, ce qui pèse sur la croissance potentielle ; et les moins qualifiés au Portugal, en Grèce et en Italie, selon lui.

« Ceux qui critiquent l’émigration comme une fuite des cerveaux qui nuit aux pays périphériques se trompent, estime Dieter Bräuninger, économiste de Deutsche Bank. Ces inquiétudes étaient les mêmes pour les pays d’Europe centrale et orientale au moment de leur adhésion à l’Union européenne. Les événements en Pologne, par exemple, montrent que ces craintes étaient infondées. » Récemment, le ministre canadien de l’Immigration Jason Kenney a déclaré que la venue d’Irlandais au Canada n’était pas un « avantage à sens unique » et que nombre d’entre eux retourneront en Irlande avec davantage de compétences. Pour Michael Saunders, au contraire, une fois installés dans leurs nouveaux pays, les émigrés ne rentreront pas dans leurs pays d’origine à moins que ceux-ci ne deviennent très prospères, ce qui est peu probable.

Dans le même temps, l’Allemagne a pris des mesures pour attirer les jeunes qualifiés d’Europe et du reste du monde. A partir de janvier 2013, les Européens de moins de 35 ans souhaitant se former ou travailler outre-Rhin pourront recevoir des bons pour des cours d’allemand et se voir rembourser les frais de procédure de reconnaissance de leurs diplômes. Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, le pays a besoin de près de 6 millions d’actifs d’ici à 2025 compte tenu de sa démographie. Soit un peu plus que le nombre de jeunes chômeurs actuellement dans l’Union européenne.

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