Les pays nordiques opposés au statut de valeur refuge pour leurs monnaies

le 29/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Les devises norvégienne, suédoise et danoise, dont les marchés ne sont pas assez liquides, ne remplacent pas le franc suisse.

Le soufflé est retombé. Les couronnes norvégienne et suédoise ont certes pris 2 % et 1,9 % face à l’euro respectivement après la décision de la Banque nationale suisse (BNS) le 6 septembre de fixer un cours plancher au franc suisse (à 1,20 franc pour 1 euro), mais elles sont ensuite revenues à leur niveau du mois d’août (à 7,8966 et 9,3624 contre 1 euro le 23 septembre). « Les couronnes norvégienne et suédoise peuvent recevoir des flux de diversification mais elles ne sont pas de bons candidats pour remplacer le franc suisse comme valeur refuge, souligne Daragh Maher, responsable adjoint de la stratégie change mondial de Crédit Agricole CIB. En fait, depuis la décision de la BNS, avec l’aggravation de la crise de la dette en Europe, les investisseurs se sont reportés sur le dollar. » L’indice USDX de l’IntercontinentalExchange a progressé de 5,4 % entre le 1er

 et le 23 septembre, poussé notamment par des rapatriements de capitaux.

Baisse des rendements

Les investisseurs ont pris au sérieux la menace d’intervention des autorités monétaires. Le gouverneur de la banque centrale de Norvège Øystein Olsen a prévenu qu’il agirait sur le taux d’intérêt de référence (laissé à 2,25 % le 21 septembre) si la couronne norvégienne s’appréciait de manière excessive, ce qui aurait pour conséquence une inflation et une croissance trop faibles. De son côté, la banque centrale du Danemark, qui maintient le cours de la monnaie danoise autour de 7,46038 couronnes pour 1 euro (à +/-2,25 %), a baissé le 16 septembre certains taux d’intérêt. Enfin, en raison du ralentissement économique, la banque centrale de Suède (Riksbank) fait une pause dans le cycle de hausse du taux de refinancement commencé en juillet 2010 (2 % actuellement). « Les rendements ont diminué de manière considérable dans ces trois pays ces deux dernières semaines », observe Arne Lohman Rasmussen, responsable de la stratégie change de Danske Bank.

Facteur rédhibitoire : le marché des devises scandinaves est peu liquide. La couronne suédoise ne représentait que 1,1 % des transactions sur le marché des changes mondial en avril 2010, selon l’enquête triennale de la Banque des règlements internationaux, la couronne norvégienne 0,65 % et la couronne danoise 0,3 %, toutes trois en recul par rapport à avril 2007. « Depuis, leur part a encore dû baisser, estime Arne Lohman Rasmussen. Or les investisseurs cherchent avant tout de la liquidité lorsque l’aversion au risque est forte. »

La devise norvégienne, même si elle n’est pas une valeur refuge, offre néanmoins un potentiel d’appréciation (+4,6 % face à l’euro depuis début 2010). « La Norvège a enregistré un surplus budgétaire de 10,5 % l’an dernier, le plus élevé des pays notés AAA, rappelle Helge J. Pedersen, chef économiste de Nordea. Le fonds de pension national détient environ 540 milliards de dollars grâce aux revenus du pétrole, l’économie est dans une large mesure à l’abri de la crise de la dette européenne et devrait mieux résister que d’autres au ralentissement mondial tant que le prix du pétrole ne s’effondre pas. » La couronne norvégienne, qui a tendance à suivre le prix du Brent, devrait continuer à s’apprécier, selon Arne Lohman Rasmussen.

En revanche, la devise suédoise (+8,7 % face à l’euro depuis début 2010) est plus vulnérable à la conjoncture économique mondiale. La Suède est peu exposée aux pays de la zone euro en difficulté, mais son économie repose surtout sur les exportations (50 % du PIB en 2010, selon Eurostat). Naeem Wahid, stratégiste chez Bank of America-Merrill Lynch, précise que la couronne suédoise est très liée à la Bourse de Stockholm, qui est volatile. Le ministre des Finances Anders Borg a déclaré que la krona n’aurait jamais le même rôle que le franc suisse et qu’elle serait « durement frappée » en cas d’accident dans le système financier européen. En outre, les marchés anticipent une baisse du taux d’intérêt de 100 points de base dans les douze prochains mois, selon Naeem Wahid.

La devise danoise attire aussi les investisseurs qui souhaitent se protéger de la crise de la zone euro et préserver leur capital. La banque centrale du Danemark est obligée d’intervenir sur le marché pour que son taux de change ne descende pas au-dessous de 7,29252 couronnes pour 1 euro (ses réserves de change ont augmenté à 476,8 milliards de couronnes en août, soit 64,1 milliards d’euros, contre 431,5 milliards en janvier). « Le Danemark devrait toujours faire mieux que la zone euro en 2012, en dépit de la sous-performance des exportations et du faible dynamisme de la consommation, prévoit Michael Saunders, économiste de Citi. La politique budgétaire devrait continuer à soutenir la croissance, mais la marge de manœuvre pour les années suivantes se réduit. A long terme, la couronne danoise n’est pas une valeur refuge face à la crise de la zone euro. »

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