L'avis de... Todd C. Lee, économiste chez IHS Global Insight

« Le pays n’a pas réussi à transformer son modèle économique »

le 19/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Le ralentissement économique actuel est-il sérieux ?

Le gouvernement est de plus en plus inquiet parce que des emplois sont en jeu. Si les exportations continuent de ralentir, il y aura des licenciements. La Chine peut vivre avec une croissance proche de 8 %, mais si elle retombe au niveau de 2009, autour de 6 %, la situation sera préoccupante. Alors le gouvernement n’aura pas assez de marge de manœuvre pour relancer la croissance. Il a déjà lancé un stimulus massif la dernière fois et ne peut pas le refaire cette fois.

L’économie est-elle toujours dépendante des investissements et des exportations ?

Oui. Le gouvernement n'a pas réussi à transformer ce modèle, à faire en sorte que l’économie soit plus tirée par la consommation. En fait, la part de l’investissement dans le PIB a augmenté. Il y a toujours un excès d’épargne, un problème structurel difficile à résoudre rapidement. Pékin est même en train de prendre des mesures de relance fondées sur l’investissement, comme en 2009, certes à une moindre échelle. Les autorités se montrent peut-être plus prudentes vis-à-vis du crédit bancaire, mais dans l’ensemble, leur approche est similaire. D’autre part, l'économie chinoise est toujours aussi vulnérable à la demande extérieure, en particulier les entreprises petites et privées qui sont prises à la gorge, même si les effets subis sont moins durs que lors du dernier ralentissement. En général, leurs marges sont moins élevées et elles ont des difficultés à obtenir des prêts bancaires. La pression du gouvernement sur les banques afin qu’elles leur prêtent davantage ne fonctionne pas autant qu’espéré.

A-t-on vu toutes les conséquences de la dernière relance ?

Les risques à court terme ont l’air plutôt mauvais, mais ils sont plus importants à long terme. La dernière relance pourrait avoir produit des créances douteuses et une bulle immobilière. De plus, le gouvernement n’a pas mené de réformes de marché depuis dix ans. Les bénéfices de l’entrée à l’OMC* s’estompent. Cela dit, lorsque les autorités devront prendre des décisions difficiles, elles le feront. En 1999, elles ont licencié environ 20 millions de personnes dans le secteur industriel public, qui était devenu un frein majeur de l’économie.

*Organisation mondiale du commerce

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