Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management

« Les pays émergents sont pénalisés sur plusieurs fronts »

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

La reprise de la zone euro observée cet été a-t-elle des chances se prolonger ?

Je le pense. Après une longue période de contraction, le léger rebond du PIB de la zone euro au deuxième trimestre est la bonne nouvelle de l’été. L’ensemble des données dévoilées ont surpris à la hausse. Les derniers PMI européens publiés (le 22 août) confirment aussi cette tendance plus robuste qu’attendu. L’Allemagne tire l’ensemble de la zone, certes, mais les signaux venant d’Espagne et d’Italie également sont encourageants. Un effet d’entraînement global est en train de se créer. Cette recoordination implicite de la zone euro est prometteuse. En août, la France est un peu en retrait mais globalement, l’activité manufacturière repart, traduisant une intensification des échanges des entreprises. Selon l’enquête PMI/Markit, la production industrielle européenne va continuer de s’améliorer au cours des prochains mois : les stocks actuels sont insuffisants pour faire face à la nouvelle demande. Ce n’est pas encore tout à fait le cas en France, qui a restocké au deuxième trimestre sans bénéficier d’un flux de nouvelles commandes assez étoffé. Se consacrer à la relance de l’investissement est désormais primordial.

La perte de vitesse des pays émergents

va-t-elle se poursuivre ?

Les pays émergents sont pénalisés sur plusieurs fronts. Tout d’abord, les capitaux qui étaient sortis des Etats-Unis pendant la récession y reviennent et sortent des économies émergentes. C’est la conséquence directe de l’anticipation du changement de stratégie monétaire de la Réserve fédérale (Fed) et d’une activité américaine plus solide. Les pays émergents souffrant le plus de ce mouvement sont ceux qui, comme le Brésil, sont confrontés à la fois à une panne de croissance et à une inflation élevée, et ceux qui, à l’instar de l’Inde ou de la Turquie, sont fragilisés par un important déficit courant. L’autre évolution structurelle défavorisant les pays émergents est le changement de rythme de croissance de la Chine, désormais stabilisé autour de 7 % à 8 %. En réduisant ses importations d’énergie et en mettant l’accent sur sa consommation intérieure, l’Empire du milieu n’est plus le moteur des autres économies émergentes, comme le Brésil porté par l’expansion chinoise depuis quelques années. De même, depuis deux ans, les pays émergents doivent composer avec de moindres débouchés venant des pays développés. Créer leur propre autonomie de croissance, tel est le défi à relever au cours des prochaines années.

Jusqu’où peut aller la hausse des taux américains sans pénaliser la croissance ?

Une hausse des taux longs américains trop forte risque de peser sur la croissance de l’activité. Mais il est difficile de déterminer précisément ce niveau. Même les membres du Federal Open Market Committee (FOMC), qui en ont débattu lors de leur dernière réunion (le 21 août), n’ont pas su répondre à cette question…

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