L'avis de... Selim Cakir, chef économiste à la Türk Ekonomi Bankasi

« Le pays continuera d'attirer les capitaux internationaux »

le 13/01/2011 L'AGEFI Hebdo

La croissance de la Turquie est-elle durable ?

La Turquie n’a aucun cadavre dans le placard. Le bilan du gouvernement est solide, la dette publique s’élève seulement à environ 40 % du PIB et il n’y a pas de passif contingent venant du secteur financier. L’endettement des ménages est également très faible. La Turquie va continuer d'être une destination attractive pour les capitaux internationaux. Nous nous attendons à ce qu’au moins une agence de notation relève sa note dans la catégorie « investissement ». Nous sommes donc très optimistes pour les perspectives de croissance. Néanmoins, la Turquie n’est pas la Chine et doit encore faire des réformes structurelles pour réduire le déficit de sa balance courante.

Le déficit de la balance courante pose-t-il un risque pour la croissance ?

C’est un risque en lui-même, mais ce n’est pas un problème majeur tant qu’il est financé. Il devrait dépasser 6 % du PIB en 2010 et davantage en 2011. Il est financé majoritairement par des capitaux à court terme, ce qui rend la Turquie vulnérable à tout changement du climat mondial. Des politiques plus restrictives en Asie ou une crise européenne pourraient assécher la liquidité disponible, mais ce n’est pas notre scénario de base.

Quelles conséquences la baisse des taux d’intérêt de la banque centrale peut-elle avoir ?

La tâche de la banque centrale est difficile. Nous doutons qu’une baisse des taux soit la bonne politique dans les circonstances actuelles. Elle prend un risque avec la stabilité des prix, à moins qu’elle soit accompagnée d'un resserrement de la régulation et de la politique budgétaire. Son geste arrive à un moment où l’activité économique est robuste. Il est difficile de parler d’un output gap comme elle le fait alors que le PIB pourrait augmenter de plus de 8 % en 2010. Les crédits ont augmenté à un rythme annualisé de 35 %. Dans cet environnement, une baisse des taux stimule la demande.

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