Dossier Bilan 2013 OPCVM

Pas de rotation des actifs pour la gestion française

le 30/01/2014 L'AGEFI Hebdo

A l'opposé d'autres marchés, la France n’a pas bénéficié d’un flux positif sur les actions. Mais certains acteurs tirent leur épingle du jeu.

Pour les fonds de droit français, l'année 2013 n'aura pas été celle de la rotation des actifs. C’est le principal enseignement qui ressort du bilan annuel EuroPerformance-a Six Company pour l’évolution des encours des produits investis dans les classes d’actifs risqués. La bascule tant attendue par les professionnels des fonds obligataires vers les OPCVM actions n'a pas eu lieu. Si ces deux catégories de produits ont vu leur encours progresser l’an dernier, à 88 milliards pour les obligations (+0,6 %) et à 205 milliards pour les actions (+ 14,5 %), c’est uniquement grâce à l’effet marché. Car côté dynamique commerciale, la tendance est restée orientée à la baisse. «  Après une demande soutenue de 8,4 milliards d’euros en 2012, les fonds obligations enregistrent en 2013 une décollecte de 723 millions d’euros, souligne Alexandre Cassan, analyste chez EuroPerformance. Les fonds actions accusent 3,3 milliards de rachats, ce qui est plutôt limité en regard des sorties qui nourrissaient la classe d’actifs depuis deux ans, mais très décevant en comparaison du niveau élevé des performances. » En effet, les actions américaines et européennes ont poursuivi leur rebond l’an dernier.

« Le marché des fonds de droit français demeure donc empreint d’une certaine divergence entre les performances nettement positives réalisées depuis deux ans et la frilosité de certains investisseurs à réorienter une partie de leurs allocations sur les actifs risqués », souligne l’analyste d’EuroPerformance. Un constat d’autant plus amer que sur d’autres marchés en Europe, notamment le Luxembourg et l'Irlande, la rotation a commencé : « Cette dynamique de collecte en berne confirme le retard pris par la France au niveau européen en particulier au regard du redémarrage très vif dont ont bénéficié certains marchés de fonds cette année », ajoute Alexandre Cassan. Sur la base du dernier relevé mensuel de l’Efama (European Funds and Asset Management Association) à fin novembre 2013, les classes d’actifs de long terme (obligations, actions et diversifié) ont bénéficié de flux de souscriptions largement positifs à hauteur de 270 milliards d’euros, caractérisées par une rotation des flux vers les actions. Surtout, au niveau européen, 2013 marque la fin des disparités entre les marchés à l’exception notable de la France : le Luxembourg et l’Irlande ont poursuivi sur leur lancée, les marchés britannique, suisse, allemand et d’Europe du Nord ont affiché leur dynamisme, l’Italie et l’Espagne ont retrouvé des flux favorables.

Offre moins étoffée

Outre la frilosité des investisseurs, l’Hexagone souffre d’une offre moins étoffée sur certains segments. Et probablement d’un déficit d’image. Au-delà de cette vue globale, les sociétés de gestion spécialisées dans les actions ou les obligations convertibles – un actif permettant de s’exposer aux actions avec une protection à la baisse – ont néanmoins profité de mouvements de réallocation vers ces poches d’investissement (lire p. 36). C’est le cas de Metropole Gestion, Financière de l’Echiquier dans les actions ou de UBI dans les obligations convertibles.

Des mouvements tactiques se sont toutefois opérés, en lien avec l’évolution des marchés. « Si l’allocation d’actifs a su s’autoriser davantage de risque, le retour des flux acheteurs demeure timide et une partie d’entre eux se caractérise par la réallocation des actifs internationaux vers les actifs des marchés européens », note Alexandre Cassan. Le principal moteur l’an dernier aura été l'anticipation d'une sortie progressive de la Fed de son programme de rachat d’actifs. Cette dernière a entraîné une allocation de fonds des actions émergentes vers les actions européennes avec 2,4 milliards de souscriptions. Couplée à la réduction du risque systémique sur la zone euro et à l’amélioration de la conjoncture américaine, la hausse progressive des taux longs a également profité au high yield européen, qui offre un portage intéressant et une protection contre la hausse des taux. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2014 au vu des positionnements des investisseurs sur le marché actions européen et la recherche de rendement.

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