Le parti au pouvoir en Espagne sous le coup d'accusations de corruption

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Les affaires liées à la bulle immobilière sèment des doutes supplémentaires sur le retour de la confiance sur les marchés.

Après la crise immobilière, la crise financière, la crise économique, la crise de l’emploi, c’est une crise politique et institutionnelle qui secoue désormais la péninsule. Pourtant, 2013 avait bien commencé et les autorités espagnoles se réjouissaient de l’accalmie sur les marchés financiers. L’Espagne profitait d’un retour de confiance des investisseurs et empruntait de nouveau à des taux d’intérêt à la baisse : à la mi-janvier, les taux de l’obligation espagnole à 10 ans chutait en dessous de la barre des 5 % alors qu’ils avaient atteint en juillet dernier un niveau record de 7,5 %.

Mais fin janvier, une bombe médiatique explose, qui pourrait remettre en question ce timide retour de la confiance. La presse nationale révèlait que Luis Barcenas, l’ancien trésorier du Partido Popular, le parti au pouvoir, avait distribué des « enveloppes » à des hauts dirigeants du parti, y compris le chef du gouvernement Mariano Rajoy. Selon ces révélations, ces dessous de table, appelés « compléments de salaires », auraient été remis par des constructeurs et des promoteurs immobiliers en échange de l’obtention de contrats publics. L’affaire Barcenas pourrait être l’affaire de trop dans une Espagne soumise à de dures mesures d’austérité et dont la liste des scandales s’allonge au fil des jours. Rien ni personne n’est épargné par ces affaires, pas même le gendre du roi, Iñaki Urdangarin qui fait l’objet d’une enquête pour détournement de fonds publics.

L’Espagne, gangrénée par la corruption ? Dans son discours de la nation au Parlement mi-février, Mariano Rajoy s’en est défendu. « Ce n’est pas vrai qu’il existe une corruption généralisée en Espagne », a-t-il clamé. Les Espagnols, eux, ne sont pas tellement surpris par l’extension d’un phénomène socialement accepté mais qui commence à les exaspérer. Javier Saenz de Cenzano, directeur du fonds d’analyse Morningstar, se dit étonné par l'ampleur du phénomène, « tout en admettant que pendant les années du boom économique, on avait tendance à fermer les yeux ». Selon le baromètre de la perception de la corruption réalisé dans 174 pays par l’ONG Transparency International, l’Espagne se situe en 30e position. Pour Antonio Garrigues, l’un des fondateurs de cette organisation, « l’Italie est bien pire, elle se trouve à la 72e place ». Quant au président de la branche espagnole de cette ONG, Jesus Lizcano, il souligne que les affaires de corruption sont liées au secteur de la construction, ce qui est loin d'être un phénomène propre à l'Espagne.

Les marchés gardent leur sang-froid

Mais au cœur des préoccupations, il y a la crainte que cette avalanche de scandales puisse à long terme menacer la timide reprise de la confiance sur les marchés dans un pays qui lutte toujours avec un taux de chômage touchant 26 % de la population active et un déficit public qui ne cesse d’enfler : 7 % en 2012 contre un objectif de 6,3 %. Les tensions ont repris début février sur les marchés avec une prime de risque qui dépasse la barre des 380 points de base et des taux d’emprunts supérieurs à 5,4 %. Les experts ne s’inquiètent pas trop pour le moment car les marchés alternent entre tensions et quasi-stabilité, grâce au programme de rachat d’obligations annoncé par la Banque centrale européenne (OMT - outright monetary transactions) qui ont fait revenir les taux d’emprunt à des niveaux raisonnables. Javier Saenz de Cenzano estime qu’à long terme, ces affaires pourraient provoquer « un climat de méfiance pour les investisseurs nationaux et étrangers, rendant plus difficile la reprise économique du pays à moyen terme » .

Pour Silvia Paternain, directrice de droit fiscal du cabinet Freshfields en Espagne, le plus inquiétant n’est pas la corruption en soi, un phénomène répandu dans le monde, mais plutôt la crise de crédibilité des partis politiques traditionnels qu’elle pourrait engendrer. « Les Espagnols commencent à s’éloigner des partis traditionnels en perte de crédibilité, commente-t-elle. On risque de voir apparaître des partis extravagants, comme on a pu le constater en Italie. »

Car la tolérance des Espagnols atteint ses limites par ces temps d'extrême rigueur. Selon une enquête du Centre de recherche sociologique (CIS), la corruption est devenue la quatrième préoccupation des ménages, après le chômage, l’économie et la politique. L’opposition et certains citoyens indignés appellent Mariano Rajoy à la démission, une situation, qui selon certains, pourrait déboucher sur une instabilité politique et sociale.

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