Tangi Le Liboux, stratégiste actions chez Aurel BCG

« La part des émergents dans les résultats des entreprises européennes est de 20 % »

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Plusieurs importantes sociétés européennes ont lancé des alertes sur leurs résultats en raison d’un effet de change défavorable des devises émergentes. Doit-on s’attendre à de nouveaux « profit warnings » ?

Adidas, Casino, Unilever ou Vallourec ont émis de telles alertes l’an dernier en raison de l’effet négatif des conversions de certaines devises émergentes sur leurs résultats. Casino et Vallourec ont ainsi été affectés par la dépréciation du real brésilien qui a perdu plus de 18 % en un an face au dollar. Les secteurs les plus affectés par la crise dans les émergents sont l’agroalimentaire et la boisson (Nestlé, Danone, Heineken, Pernod…), les biens de consommation (Henkel, L’Oréal…), le luxe (LVMH) et les biens d’équipements comme Vallourec mais aussi ABB, Siemens ou Alstom.

Est-il possible de mesurer cet impact sur les sociétés européennes ?

Il semble peu important. La part des émergents dans les résultats des entreprises européennes est de 20 %. De sorte que pour toute baisse de 10 % des devises, le manque à gagner bénéficiaire n’est que de 2 %. Toutefois, la réalité est plus complexe. Tout va dépendre du secteur et de l’entreprise. Or les détails manquent, ce qui rend la mesure difficile. Les entreprises qui couvrent leur risque de change vont rarement communiquer sur son coût. Le processus de production d’une grande entreprise internationale est complexe. Enfin, le monde émergent n’est pas homogène et recouvre des réalités diverses en commençant par l’évolution des devises.

Ne doit-on pas s’attendre à un effet sur la croissance organique des groupes les plus fortement implantés dans les émergents ?

C’est la grande question de 2014. La forte dépréciation de certaines devises émergentes pourrait au final avoir un impact sur l’activité réalisée localement et donc sur le niveau du chiffre d’affaires. Les pays les plus à risque sont la Turquie, l’Afrique du Sud ou la Russie, où les monnaies respectives ont baissé de 22,8 %, 20,7 % et 14,9 % en un an. En Turquie, BBVA par exemple, qui a acheté il y a deux ans à prix d’or une banque locale, pourrait souffrir d’un recul de la croissance et de l’activité dans ce pays. En Afrique du Sud, ce sont plutôt les établissements financiers anglo-saxons ou des groupes miniers comme Anglo-American qui sont les plus impliqués. Des entreprises françaises comme Société Générale, Renault ou Danone sont très présentes en Russie, de même que le danois Carlsberg. Ils pourraient être affectés par la faiblesse du rouble.

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