Dossier Places financières

Paris se cherche un destin

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Ralentis par la crise et le durcissement réglementaire, certains chantiers ont pris du retard. Mais l’heure est à l’expansion à l’international.

La place de Paris ? Elle existe encore ? », lance, un brin provocateur, un observateur. « Oui, elle reste un des leaders mondiaux en matière de gestion d’actifs. Dans les appels d’offres des investisseurs internationaux, les gérants français sont très bien placés, surtout les maisons spécialisées », répond Olivier Jéséquel, consultant chez bfinance, qui ajoute : « Elle est aussi aux premiers rangs en termes de recherche en finance. »

Certes, mais en lançant ses douze chantiers prioritaires en 2009 pour tirer les leçons de la crise, la place de Paris espérait bien tirer son épingle du jeu, elle qui était réputée pour avoir plutôt mieux résisté que les grandes places anglo-saxonnes prises dans les turbulences de leurs banques. Quatre ans plus tard, le bilan est mitigé. « Il n’est pas certain que les chantiers choisis aient été les plus pertinents », remarque Emmanuel Léchère, responsable market intelligence chez bfinance. « La réflexion a porté sur le financement de l’économie face aux nouvelles contraintes réglementaires, avec quatre axes principaux, le financement des entreprises, l’épargne longue, la finance durable et la recherche et innovation », rappelle Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace.

Diversification de portefeuilles, l'échec

Sur l’épargne longue, la bataille a clairement été perdue. « L’axe de travail qui consistait à développer l’épargne longue pour la mettre au service de l’économie, en modifiant le comportement des épargnants et en leur offrant de nouveaux supports, n’a pas fonctionné, note Olivier Jéséquel. En parallèle, Solvabilité II restreint la capacité de l’assurance-vie à tenir ce rôle. On a clairement perdu le combat de la diversification des portefeuilles. » L’alourdissement de la fiscalité dans un contexte de baisse des taux longs éloigne encore plus les chances d’obtenir des performances à la hauteur des enjeux pour les futurs retraités.

Outre la suppression de l'impôt de Bourse et la réforme de l'appel public à l'épargne, les chantiers consacrés au financement de l’économie ont abouti à des résultats concrets, tel le rapatriement des émissions obligataires des entreprises françaises, qui effectuent près de 60 % de leurs opérations à Paris aujourd’hui. Pour le marché secondaire, ce chantier prioritaire - « peut-être choisi pour sa simplicité », glisse un professionnel - a conduit au lancement de plates-formes de négociation obligataires.

Mais sur trois projets, seul celui de Nyse BondMatch est effectivement en service, et ne trouve pas le succès attendu. En cause, le manque d'entrain des banques pour cette solution, mais aussi, selon certains, une connectivité complexe pour des opérateurs habitués à fonctionner avec des plates-formes sur internet. « Pour les investisseurs, cela reste une belle initiative qui concourt à l’amélioration de l’exécution des ordres par leurs intermédiaires, souligne Emmanuel Léchère. En revanche, en ne concernant que les emprunts notés 'investment grade' de plus de 500 millions d’euros, le projet ne contribue pas à la problématique de diversification des financements des 'corporates' français dans le contexte de Bâle III. » Selon une enquête de bfinance, l’objectif de désintermédiation de la dette affiché par les grands groupes français, en réponse au renchérissement du coût des financements bancaires, bute sur des questions de notation et de taille critique. « Il manque une initiative probante sur l’accès aux financements désintermédiés des entreprises françaises, remarque-t-il. Il faut créer un véritable écosystème pour faire se rencontrer les investisseurs et les entreprises, et plus particulièrement favoriser l’investissement en dette non notée en fournissant aux premiers des outils pour les aider à mieux appréhender le risque des secondes. A l’heure où il vaut mieux être créancier qu’actionnaire, il faut favoriser la culture de l’épargne en produits de type placements privés avec l’aide des réseaux bancaires. »

Des accords de coopération

Sur une note plus positive, le chantier lancé dans le cadre du pôle de compétitivité Finance Innovation a abouti à la création d’un incubateur entreprises financières, et tout récemment du premier fonds d'incubation pour les jeunes sociétés de gestion. Les acteurs saluent également une vraie dynamique sur la problématique du financement des PME. Enfin, les travaux pour capter une partie de l'activité de finance islamique ont permis l’émergence en 2010 d'un compartiment sukuk* à la cote de Nyse Euronext, ainsi que la publication d’un guide en version bilingue, même si la seule initiative a concerné le marché des particuliers, avec le lancement d'un compte de dépôt islamique par la Chaabi Bank (L’Agefi Hebdo du 5 janvier).

En parallèle, la place de Paris accélère sa stratégie internationale. Paris Europlace a conclu un certain nombre d’accords de coopération avec des places émergentes telles que Dubai, le Qatar, Shanghai et Moscou. « Le premier objectif est de créer des échanges, d'attirer des investisseurs à Paris pour développer l’activité économique de la place mais aussi de faire connaître nos sociétés de gestion à l’étranger, précise Arnaud de Bresson. L’autre est d’échanger sur les bonnes pratiques en matière de financement de l’économie. »

Reste l'inconnue de l'engagement du monde politique à disposer d'une place financière à Paris. « Si une taxe sur les transactions financières est appliquée unilatéralement par la France, tous les efforts effectués au niveau de la place de Paris dans le cadre de Paris Europlace vont être annihilés », craint Ariane Obolensky, directrice générale de la Fédération bancaire française.

*Titres proches des 'asset-backed securities' et de la titrisation

A lire aussi