DOSSIER Place financière

Paris n'a pas dit son dernier mot

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Menacée par la taxe européenne sur les transactions financières, la Place se tourne vers l’international.

Crédit: PHB

La Place de Paris perd du terrain. De la 5e position en 2010, la capitale française est tombée au 7e rang en 2011 et au 8e en 2012 dans le classement de Xinhua et Dow Jones, qui évalue les places financières en fonction d’indicateurs objectifs (volumes de trading, actifs bancaires, primes d’assurance, etc.) et de réponses à un questionnaire (voir le tableau page 28). « Entre Paris, Francfort, Singapour et Shanghai, les écarts de scores se resserrent, note toutefois le rapport de 2012. Ce qui reflète la concurrence croissante entre ces villes et le fait que leurs capacités de développement se rapprochent. » Pour Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace, « Paris est la première place de la zone euro. Son changement de position reflète surtout la montée en puissance des places des pays émergents et le rééquilibrage de l’économie mondiale ».

Paris dispose de nombreux atouts : 32 entreprises françaises dans le Fortune Global 500, 4 banques systémiques, 604 sociétés de gestion dont 4 dans le Top 20 mondial, 3 conservateurs dans le Top 10, un marché obligataire dynamique (79 milliards d’euros d’émissions en 2012, en nette progression par rapport à 2011, selon l’AMF - Autorité des marchés financiers), une épargne abondante, etc. « La Place est au service de l’ensemble des acteurs économiques », souligne Arnaud de Bresson. Selon l’Insee, la contribution des activités financières et d’assurance à la valeur ajoutée progresse même légèrement (4,8 % en 2012 contre 4,1 % en 2007), de même que le nombre de personnes travaillant dans le secteur (844.100 à la fin du premier trimestre contre 818.400 à la fin du premier trimestre 2007), même si les banques détruisent des emplois (L’Agefi Hebdo du 6 juin). « En dépit de ses faiblesses, la France bénéficie d’un système financier libéralisé, d’infrastructures très développées, d’un marché des changes robuste et d’un bon accès 'retail' au capital », selon le rapport sur le développement financier de 2012 du Forum économique mondial, qui évalue l’efficacité des marchés et de l’intermédiation financière de 62 pays.

Des nuages

Mais les nuages s’amoncellent à l’horizon. « La France a perdu des points en termes de stabilité financière et de marchés financiers, notamment dans le développement des marchés actions », observe aussi le Forum économique mondial. Seulement 2,6 milliards d’euros ont été levés l’an dernier, dont 265 millions à l’occasion d’introductions en Bourse (au nombre de 15), selon l’AMF. A titre de comparaison, 14,5 milliards d’euros ont été levés à New York, 6,8 milliards à Londres et 5,6 milliards à Tokyo, selon Dealogic. Depuis l’annonce en décembre du rachat de Nyse Euronext par ICE, le sort d’Euronext, qui pourrait être remis sur le marché, suscite de grandes inquiétudes (lire page 31). « Quelle est la stratégie d’Euronext ? Que va devenir le 'cash actions' ? s’interroge Marie-Pierre Peillon, présidente de la Société française des analystes financiers (Sfaf). Il est très important d’avoir une grande entreprise de marché avec une stratégie claire pour la place financière. » Quant au lancement d’EnterNext, une Bourse pour les PME, il s’agit d’un « bon début », mais « ses moyens marketing et commerciaux ne sont pas à la hauteur des enjeux (14 millions d’euros de moyens existants et 4 millions supplémentaires) », regrette Marie-Pierre Peillon.

En termes de stabilité financière, Paris ne peut se soustraire du contexte européen. « Ses évaluations, comme celles de Francfort, sont affectées notamment par les attentes vis-à-vis de la France et de l’Allemagne pour prendre le 'leadership' dans la résolution de la crise de la zone euro », indique Chiara von Gunten, de la société Z/Yen, qui a créé l’indice Global Financial Centre pour la City de Londres. Paris n'est pas aidé non plus par le contexte français. « Les personnes que nous interrogeons sont franchement négatives à propos de l’économie française en ce moment, confie Mark Yeandle, de Z/Yen. Elles estiment que François Hollande est contre la finance et veut la taxer et la réguler jusqu’à ce qu’elle n’existe plus. »

De l’avis général, la principale menace est le projet européen de taxe sur les transactions financières (0,1 % sur les actions et les obligations et 0,01 % sur les dérivés), qui pourrait entrer en vigueur dans onze pays, dont la France et l’Allemagne, mi-2014. Au même moment (avril 2014), Londres a prévu de mettre fin au stamp duty pour les actions cotées sur l’Alternative Investment Market (AIM) et sur l’ISDX Growth Market. Selon Paris Europlace, si ce projet était appliqué, certaines activités devraient être arrêtées ou délocalisées dans d’autres pays. Par exemple, les clients étrangers des sociétés de gestion françaises (qui leur confient plus de 350 milliards d’euros, selon l’AFG - Association française de la gestion financière) pourraient se tourner vers des fonds non taxés. « La gestion française n’aura pas d’autre choix que de domicilier les fonds et les mandats, mais aussi la gestion elle-même, en dehors des onze Etats », prévient Paris Europlace. Finalement, la taxe pourrait détruire 15.000 à 20.000 emplois dans la gestion d’actifs et 10.000 dans les banques, selon l’association.

Pour autant, la Place de Paris ne reste pas les bras ballants. En 2009, l’AMF a allégé les conditions d’émission d’obligations à Paris, et Euronext a réduit ses tarifs, ce qui a permis de rapatrier la majeure partie des émissions qui avaient fui à Luxembourg. En 2012, 65 % des émissions des entreprises françaises ont eu lieu à Paris et 26 % à Luxembourg, contre 21 % et 79 % respectivement en 2008. Cela dit, en ce qui concerne le marché secondaire, force est de constater que les plates-formes issues du comité Cassiopée (BondMatch, Galaxy et MTS Prime) ne décollent pas, les banques, notamment, préférant continuer à traiter de gré à gré. Paris Europlace a décidé de relancer les travaux sur le sujet.

Autre initiative, le pôle de compétitivité Finance Innovation, créé en 2007, a permis de financer 42 projets de recherche à hauteur de 30 millions d’euros entre 2008 et 2012, et devrait continuer à le faire avec 9 millions par an jusqu’en 2018. Son fonds d’incubation Emergence a également levé 150 millions d’euros auprès d’investisseurs institutionnels et a déjà investi 90 millions au total dans 3 fonds (d’Eiffel Investment Group, de Bernheim, Dreyfus & Co et de Keyquant). Il doit encore sélectionner deux autres fonds et est en train de lever des capitaux pour son deuxième compartiment (sur les actions à long terme).

Partenariats mondiaux

Les opportunités passent aussi par l’international. Selon Stéphane Janin, directeur des affaires internationales de l’AFG, trois quarts des sociétés de gestion françaises ont au moins un client à l’étranger. « Le marché domestique est mature, et la gestion fait face à la concurrence des produits bancaires et aux taux d’intérêt bas, dit-il. Nos acteurs doivent donc être de plus en plus présents à l’international. » Ces dernières années, Paris Europlace a instauré des partenariats avec, entre autres, les places financières de Dubaï et du Qatar, Moscou, la municipalité de Shanghai et l’Association nationale des investisseurs institutionnels chinois. « Cela permet de pousser la reconnaissance des sociétés françaises sur les grands marchés émergents en croissance, par exemple de favoriser l’agrément de sociétés de gestion en Chine », explique Arnaud de Bresson. La Banque centrale européenne travaille actuellement à un accord de swap avec la Banque populaire de Chine (qui en a déjà signé un avec la Banque d’Angleterre) afin de faciliter les échanges en renminbi entre la zone euro et la Chine. Selon Swift, la France est à la 4e place mondiale en termes de paiements en renminbi, derrière le Royaume-Uni, Singapour et Taïwan. En mars, 21,4 % des paiements entre la France et la Chine et Hong Kong ont été réglés en monnaie chinoise, contre 6,5 % un an auparavant.

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