Un pari, faute de mieux

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

La Bourse peut-elle surpasser durablement les performances de l’économie réelle ? La question, vieille comme la Bourse, se repose. Pour qui se réfère aux conditions relatives d’investissement, avec des actions aux rendements alléchants, la réponse est positive. C’est celle que formulent la plupart des investisseurs (lire L’événement p.10). Pour qui regarde les fondamentaux économiques, il y a moins de raisons d’être optimistes, surtout en Europe.

Sur le papier, les raisons d’une poursuite de la hausse des actions ne manquent pas. La première est que les banques centrales continueront de maintenir des taux historiquement bas. Cela restera vrai en Europe comme au Japon et même aux Etats-Unis, où le resserrement de la liquidité ne sera que progressif et relatif, voire marginal dans un premier temps. Largement anticipés, ses effets sont surtout à craindre par les émergents les plus faibles. Une autre raison est qu’après la ruée de 2011 hors de la zone euro, le réinvestissement dans les actifs européens n’est sans doute pas terminé. Un rééquilibrage est appelé à se poursuivre. Enfin, pour peu que la reprise s’affirme en Europe, les résultats des entreprises pourraient surprendre et justifier une hausse des cours d’ailleurs stimulée par le regain d’opérations sur le marché primaire.

De ces trois raisons, la première paraît la plus solide, surtout parce que la Réserve fédérale ne changera pas de politique pour avoir changé de président. La deuxième est plus discutable. Les Etats-Unis, qui viennent d’écarter tout risque de nouvelle défaillance budgétaire, pourraient demeurer très présents dans les allocations, surtout si un resserrement maîtrisé laisse prévoir une appréciation du dollar. La troisième est la moins séduisante. La reprise en Europe s’annonce languide et il n’est pas certain que les entreprises sauront en tirer parti comme d’aucuns l’espèrent. Le scénario « à la japonaise » associant une dette élevée, des réformes de structures modestes et parfois défaillantes à une inflation faible ou nulle, se met en place et limite les perspectives d’activité. Qu’il s’agisse de la consommation ou de l’investissement des entreprises, traditionnellement supérieur à 20 % du PIB mais tombé aujourd’hui à moins de 18 %, un niveau jamais vu depuis des lustres, il y a peu à espérer. La grande exportation sera capitale, dans un monde émergent fragilisé avec une Chine en haut de cycle du crédit.

Or le chemin parcouru par les indices depuis leur point bas de 2011 est considérable. Les PER sur les grands indices se comparent déjà avec ceux d’avant la crise. Faut-il compter qu’ils iront beaucoup plus haut ? Là est le pari que beaucoup prendront faute de mieux. De quoi espérer une année décente peut-être, mais pas la grande rédemption que trop de boursiers européens croient enfin à portée de main. 

A lire aussi