Une panne de l’investissement

le 24/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Les ménages français vont découvrir en 2012 ce que signifie l’austérité budgétaire, une austérité à l’ampleur d’autant plus forte qu’elle sera généralisée à toute l’Europe, à l’exception de l’Allemagne. Les entreprises françaises, pour leur part, vont devoir apprendre à vivre avec moins de crédit. C’est là la grande différence avec l’économie espagnole pour qui la récession qui arrive aura un goût de déjà-vu. Au-delà des Pyrénées, « 

les entreprises ont appris à vivre sans les banques depuis trois ans », relève Gilles Moec,codirecteur de la recherche économique chez Deutsche Bank. Si, en France, la récession de 2008-2009 est passée finalement sans trop de douleur par rapport à l’Espagne, cela ne devrait pas être le cas en 2012. L’investissement pourrait violemment reculer dans l’Hexagone sous l’effet de la raréfaction du crédit. Dans une note d’étude récente, Patrick Artus, chef économiste de Natixis, rappelle que le taux d’autofinancement des entreprises (épargne brute/formation brute de capital fixe) « est voisin de 100 % ou supérieur à 100 % en Allemagne, aux Pays-Bas, en Finlande, en Belgique, en Espagne, en Irlande, en Grèce et en Autriche. Il est nettement inférieur à 100 % en France, en Italie et au Portugal ». Dit autrement, dans ces trois pays, les entreprises ne sont pas préparées au resserrement du crédit. Et les entreprises françaises encore moins que leurs homologues européennes. Leur situation va même de mal en pis puisque leur dépendance au crédit bancaire s’est nettement accentuée. En 2010, leur taux d’autofinancement tel qu’il apparaît dans les comptes nationaux était de 78,3 %, un niveau déjà faible. Mais alors, que dire des comptes trimestriels du printemps 2011, avec un taux de 70,6 % ? Si l’information fournie par les comptes nationaux est exacte, l’économie française va au-devant d’une panne de l’investissement l’an prochain.

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