Orage en suspens

le 30/08/2012 L'AGEFI Hebdo

Quel été ! Tout paraissait en place, fin juillet, pour le grand déchaînement des marchés contre la dette italienne et espagnole. C'était compter sans l’habileté du Houdini de Francfort, Mario Draghi, qui a trouvé le moyen de suspendre l'orage en désamorçant la spéculation par la seule magie de son verbe. C’est donc un été radieux qui a été offert aux investisseurs épuisés et aux gouvernements angoissés. Les uns et les autres auraient tort d’en conclure, après cinq ans de crise, que l’arrière-saison sera aussi belle.

Leur tentation est bien entendu d’attendre du magicien de nouveaux tours de sa façon. Mais l’intéressé, serré de près par ses implacables censeurs de la Bundesbank, a déjà précisé les limites de son action. Strictement destinée à lever tout obstacle à la diffusion de la politique monétaire, c’est à la partie courte de la courbe des taux qu’elle se cantonnera, subordonnée de surcroît pour les pays qui en bénéficieront à un accord formel de redressement passé avec leurs partenaires de la zone euro. Les marchés l’ont bien compris, si bien que l’objectif de rouvrir, par une baisse des taux courts, le marché de la dette aux Etats assoiffés a été atteint, pour l’instant du moins. Attendre davantage de la BCE serait sous-estimer les divisions profondes, et sans doute insurmontables, qui continuent de l’agiter s’agissant des limites de sa politique non conventionnelle. La vraie question est désormais de savoir si l’autre partie du message, adressé aux politiques européens, a lui aussi été entendu. Nous le saurons très vite.

Rarement mois de septembre aura été aussi chargé en rendez-vous d’importance (lire L’Evénement pages 12 à 15). Cruciaux s'annoncent déjà ceux du 11 septembre, quand la Commission dévoilera le projet d’union bancaire, décidé par le Conseil fin juin et censé déboucher avant la fin de l’année, et du lendemain 12 septembre qui verra la Cour constitutionnelle de Karlsruhe se prononcer sur la conformité du futur Mécanisme européen de stabilité.

Mais bien d’autres étapes demeurent à franchir, depuis le bouclage du dossier grec jusqu’à la publication, ô combien importante pour la crédibilité du « policy mix » européen de sortie de crise, du programme français de redressement des finances publiques tel que le révélera la loi de Finances.

Chacune de ces étapes devra être franchie sans fausse note, sauf à encourager dans leur rébellion les mal-sentant de la foi européenne, finlandais ou autres, et achever de miner le moral d’opinions publiques auxquelles revient toujours, chez chacun de ses 17 membres, la décision de faire ou ne pas faire l’euro. On le voit, les occasions ne manqueront pas pour les investisseurs fiévreux de prendre leurs - maigres - bénéfices et de remettre l’Europe sur les charbons.

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