Optimiste quand même

le 10/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Alain aimait à rappeler que si le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté. C’est sur la foi de ce principe qu’il faut rester optimiste pour la gestion d’actifs française, malgré un tableau qui peut sembler bien sombre. Certes, l’industrie est en souffrance. L’épargne financière des Français a été mise à mal par les politiques de tous bords, tout à leur volonté d’aligner la fiscalité de l’épargne sur celle du travail. Les particuliers ne sont toujours pas revenus sur les actions, contrairement à d’autres pays européens, l’épargne salariale est ponctionnée à tout va, le contexte de taux bas affecte les rendements, tandis que les investisseurs institutionnels, qui ne sont plus incités à partager la vision de très long terme des fonds de pension anglo-saxons, restent très prudents en termes d’investissements. Dès lors, dans un contexte où l’augmentation des encours ne peut être attribuée qu’à la seule remontée des marchés, il est difficile de créer ces « flagships » si nécessaires à la collecte, et qui font défaut aux maisons françaises, trop longtemps dépendantes de leurs maisons mères pour la distribution.

L’industrie est inquiète. La menace d’une application du projet de taxe européenne sur les transactions financières se fait certes moins pressante à l’approche des élections au Parlement européen mais n’a pas disparu : les nouveaux partenaires avec lesquels Angela Merkel va devoir s’entendre, le SPD ou les Verts, en font un cheval de bataille. Or la TTF sonnerait le glas des flux d’épargne financière étrangers et tout particulièrement des fonds monétaires français. Ceux-ci sont aussi visés par un autre projet de la commission (lire L’Evénement page 8), lui aussi pénalisant.

Il est vrai que tous les signaux ne sont pas négatifs en cette rentrée : certaines initiatives touchant la taxation des plus-values ont été remisées tandis que le PEA-PME est une véritable avancée pour guider l’épargne vers la prise de risque. Mais mieux vaut rester sur le qui-vive, tant les bonnes nouvelles continuent d’alterner avec les mauvaises, comme la disposition du budget 2014 touchant à la fiscalité des FCPR.

Pourtant, l’industrie reste dynamique. Les dizaines de nouvelles sociétés de gestion créées chaque année en sont la preuve, tout comme sa capacité à attirer les talents. Le grand serrage de coûts, plus que nécessaire, est en cours. La rationalisation des fonds et les réorganisations dans les groupes avancent, même si la culture monétaire demeure sans doute encore exagérément dominante. Les sociétés de gestion françaises qui ont choisi d’innover portent beau à l’étranger, même si exporter son savoir-faire n’est pas forcément donné à tout le monde. Elles peuvent envisager leur avenir avec confiance. Cela passera-t-il par Paris, alors que l’industrie a besoin de masse critique, de partenaires forts et de marchés de capitaux puissants ? Les dirigeants politiques doivent mesurer l’importance de leur réponse à cette question stratégique pour la Place.

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