Les opérations de refinancement de la BCE stimulent les marchés d’actions

le 01/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Les LTRO ont soutenu le rebond des Bourses. Les gestionnaires d’actifs tablent sur d’autres facteurs de confiance pour prolonger la flambée.

Toutes les Bourses qui s’étaient effondrées au second semestre 2011 ont fortement rebondi depuis le 2 janvier. Les marchés d’actions de la zone euro n’ont pas cessé de s’apprécier, indifférents aux négociations tendues sur le plan de participation du secteur privé (PSI) au sauvetage de la Grèce, insensibles à la tombée en récession de l’Europe et au manque de visibilité quant aux perspectives d’activité des entreprises.

Depuis le début de l’année, l’indice CAC 40 s’est adjugé plus de 9,5 % (au 24 février), et le DAX plus de 16,5 %. Les marchés émergents ont aussi repris des couleurs. A Hong Kong, le Hang Seng HK Composite Index a progressé de près de 17,2 % et en Russie, le RTS Index a bondi de plus de 20,5 %.

Risque systémique écarté

Quant aux marchés américains, qui avaient résisté à toutes les épreuves l’an dernier, soutenus par le QE2 (deuxième phase d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale) puis par l’opération Twist (dispositif visant à allonger la maturité du portefeuille de la Fed en vendant des titres courts et en achetant des bons du Trésor à long terme), ils ont continué de se renforcer (voir le graphique).

Comment expliquer la diffusion de ce retour à la confiance ? « Les LTRO* ! », répondent en chœur les experts. La première a eu lieu le 21 décembre 2011 et la seconde le 29 février 2012. « Les marchés ont mis du temps à comprendre les tenants et aboutissants de cette action de la Banque centrale européenne (BCE), explique Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de l’analyse économique de Pictet & Cie. Quand ils ont réalisé que la fourniture de liquidités aux banques de la zone euro éloignait leur risque de refinancement, supprimant ainsi la prime de risque systémique, ils se sont repositionnés à l’achat. »

Cela ne veut pas dire que les arbres vont grimper jusqu’au ciel. Seule la partie de la prime de risque liée à l’éventualité d’un choc systémique a disparu. La mise en œuvre des LTRO a « seulement » éloigné la crainte d’une explosion du système bancaire. « Pour que la volatilité des marchés, qui a certes baissé depuis janvier, repasse à un régime moyen, encore en dessous de celui qui prévaut à l’heure actuelle, il faudrait que l’Europe renoue avec la croissance », ajoute Christophe Donay. Or pour l’heure, elle glisse en récession selon les prévisions de la Commission européenne. « Une bonne partie de l’impact du LTRO sur l’appréciation des marchés d’actions est déjà faite », indique en outre Olivier Gayno, chief investment officer wealth de HSBC Global Asset Management (France).

Fragilité

La poursuite de la hausse boursière au même rythme qu’en ce début d’année est incertaine. « Il est vrai que les actions ne sont pas très chères, les PER (‘price earning ratios’, NDLR) 2012 des actions du CAC 40 sont pour plus des deux tiers inférieurs à 14 (de 5,33 pour le Crédit Agricole à 13,96 pour Vallourec), même après leur remontée des dernières semaines, observe Sylvain Lefèvre, directeur de Sylvain Lefevre Finance, conseil en gestion de patrimoine à Paris. Cependant, l’euphorie récente est incompatible avec l’inaptitude des Etats et des banque centrales à gérer la crise européenne et ses conséquences dans un avenir proche. Les vraies problématiques n’ont toujours pas été traitées, les effets positifs des politiques de réduction budgétaires seront très longs à se matérialiser alors que les échéances des remboursements de la dette, elles, n’attendent pas ! » Et de poursuivre : « Seule une confiance solide peut soutenir un rebond durable. Or les données macroéconomiques sont trop volatiles et décevantes pour que cela soit le cas. Les investisseurs surfent encore sur des annonces de débuts de solutions à la crise de l’endettement. Le second semestre risque d’être difficile. » Les problèmes de fond finissent toujours par ressurgir.

*Opérations de refinancement à trois ans

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