Les opérations de rapprochements entre fonds de fonds se poursuivent

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

La consolidation traduit une fin de cycle pour nombre d’acteurs et s’accompagne d’une transformation du modèle dans le secteur.

Rapprochement d’Olympia et de Kenmar, suivi de près par la prise de contrôle de HDF Finance par Rothschild : le marché français ne représente qu’une infime partie du secteur mondial des fonds de fonds mais il n’a pas échappé à sa vague de consolidation. « Les raisons économiques sont au premier plan, explique François Buclez, fondateur et directeur général du fonds Cube Capital. Les coûts d’administration de même que les frais de marketing sont beaucoup moins lourds dès lors qu’on peut les partager. Par ailleurs, les fondateurs de certaines entreprises, lassés de batailler pour lever des fonds dans un contexte qui n’était plus du tout favorable, ont décidé de vendre. »

Les opérateurs de taille moyenne ont particulièrement souffert de cette difficulté. « Il est communément admis que les fonds couvrant entre 5 et 10 milliards de dollars d’encours sous gestion ont le plus de chances de lever de l’argent », rappelle Pierre Crama, responsable opérationnel due diligence auprès du fonds Signet Capital Management. Or ils ne sont pas les plus nombreux : en Europe, ils ne représentent que 6 % du total en 2012, comparé à 23 % pour les fonds dont les actifs sous gestion se situent entre 0 et 99 millions de dollars (source : Preqin). « La survie de ces fonds dépend de leur capacité à atteindre une masse critique, que ce soit au travers de la génération d’un surcroît de revenus ou d’une présence géographique plus étendue », poursuit Pierre Crama. La contraction du secteur a démarré en 2007 : l’industrie des fonds de fonds ne représente plus aujourd’hui que 29,8 % de l’ensemble des actifs de l’industrie, selon le cabinet d’études américain Hedge Fund Research (HFR), comparé à 44,8 % en 2006. Son état de santé s’est détérioré depuis le début de la crise financière : l’industrie, qui a connu une décollecte continue depuis 2008, a enregistré des flux négatifs de 7,057 milliards de dollars au deuxième trimestre de cette année.

Complémentarité

Pour autant, le modèle économique resterait pertinent. « Dans un contexte de taux d’intérêt très bas et d’une économie à la croissance très faible, génératrice de faibles retours, les investisseurs reconnaissent de plus en plus aujourd’hui qu’ils ont besoin de se tourner vers la gestion active et nous considérons que les fonds de fonds constituent l’une des formes possibles de gestion active », estime Luke Ellis, directeur général de FRM, le fonds de fonds d’une valeur de 19,5 milliards de dollars racheté par MAN en juillet dernier. Certaines actions de consolidation récentes vont d’ailleurs dans le sens d’une recherche de complémentarité, à l’image du rapprochement entre le fonds américain KKR et le fonds de fonds Prisma Capital (7,8 milliards de dollars d’actifs) en juin dernier. « Outre la recherche de stratégies un peu moins illiquides, l’appétit des maisons de 'private equity' s’explique également par des prix à l’achat tout à fait attractifs qui font penser que c’est un marché très favorable aux acheteurs », indique Ken Heinz, président de HFR.

Reconcentration des portefeuilles

Devant les nouvelles conditions d’activité, les fonds de fonds ont aussi entamé leur mue : « La diversification des fonds de fonds, parfois exagérée dans le passé, a laissé place aujourd’hui à une véritable reconcentration des portefeuilles », observe Pierre Crama. Les nouvelles exigences en matière de transparence se sont aussi accompagnées d’une révision de la grille tarifaire du secteur : « On est passé d’une structure 1-10 (1 % de commission de gestion et 10 % de commission de performance, NDLR) à une structure 75 - 5 », souligne François Buclez. Les fonds de fonds se sont aussi diversifiés en s’engouffrant dans des niches occupées jusqu’à présent par les banques : « Le poids réglementaire qui impose actuellement aux banques de renflouer leurs niveaux de capitaux a provoqué un désengagement de leur part dans certaines activités, créant de ce fait des opportunités pour les fonds de fonds, et notamment dans les MBS (valeur mobilière adossée à des actifs, NDLR) et en financements structurés », ajoute le gérant. A l’avenir, les experts estiment que les fonds de fonds restants apporteront de la valeur ajoutée. « Les petites boutiques vont sans aucun doute persévérer et les gagnantes seront celles qui ajouteront de l’alpha dans les allocations d’actifs », avance Pierre Crama. Dans l’intervalle, le mouvement de consolidation devrait se poursuivre jusqu’au milieu de l’année prochaine.

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