Les opérateurs de services sur titres industrialisent leur « reporting »

le 12/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour répondre aux besoins de plus en plus complexes des sociétés de gestion, les acteurs ajoutent des fonctionnalités à leur plate-forme.

Depuis la crise financière, les sociétés de gestion sont particulièrement attentives à la qualité des états financiers, notamment les rapports comptables car ils sont un des éléments clés de la communication sur la gestion du fonds, déclare Franck Delbès, directeur de l’administration de fonds chez Caceis. Notre processus bien avancé d’industrialisation et d’automatisation de ces rapports répond à cette sensibilité accrue exprimée par nos clients. »

Caceis s’est appuyé sur la solution logicielle de l’éditeur Luxembourgeois Co-Link et dispose d’une nouvelle solution opérationnelle depuis mai 2010. Ses concurrents, BP2S, SGSS ou encore State Street, ont également investi depuis plusieurs années dans des plates-formes d’automatisation et d’industrialisation du reporting à destination des sociétés de gestion. Pression réglementaire accrue (lire l’entretien), exigences croissantes de leurs clients investisseurs, « le 'reporting' devient de plus en plus en complexe », affirme Raphaël Remond, directeur général de State Street Banque France. « Pour certains clients, le nombre de rapports à produire a explosé, plus d’une vingtaine par exemple pour un même fonds », ajoute Bruno Noyon, directeur des opérations chez State Street Banque France. Et l’externalisation apparaît désormais comme une option de plus en plus séduisante pour nombre de sociétés de gestion. « Il y a dix ans, confier le 'reporting' à un tiers était envisagé une fois sur dix car le calcul des performances comme la gestion des données clients était considéré comme trop proche du front-office et donc trop sensible pour être externalisé, rapporte Bruno Noyon. Depuis la crise, je dirais que la proportion est passé à huit fois sur dix. »

Des plates-formes puissantes et flexibles…

Le reporting ne consiste pas simplement à produire des rapports, il s’agit aussi de rassembler de l’information de différentes sources en effectuant des calculs très sophistiqués. « On a évolué depuis un système de restitution comprenant quelques fonctionnalités simples de tri d’information, vers des systèmes plus complexes incluant des fonctionnalités de validation et des moteurs de règles », analyse Philippe Denis, responsable R&D (recherche et développement, NDLR) chez BP2S pour la partie administration de fonds. Et les évolutions sont permanentes. Ainsi, BP2S, dont la plate-forme Codex, développée en interne, est opérationnelle depuis quatre ans, a dû mener en 2010 un projet évalué à 400 jours hommes pour le calcul et le suivi du SRRI (Synthetical Risk and Reward Indicator). Obligatoirement présent dans le Kiid (Key Investor Information Document), cet indicateur rend compte sur une échelle de 1 à 7 du risque d’un OPCVM. « S’il change de niveau et conserve ce niveau pendant trois mois, un nouveau Kiid doit être produit », explique Philippe Denis. C’est pourquoi la flexibilité des plates-formes des prestataires de services sur titres est primordiale. « A trois mois de l’entrée en vigueur du Kiid, il nous reste seulement à préciser le paramétrage de certains calculs - comme les taux de frais courants - car les textes sont parfois sujets à interprétation par nos clients», détaille Franck Delbès.

Pour Caceis, le principal projet informatique du moment concerne les normes IFRS et Solvabilité II. La nécessité de détailler chaque ligne constitutive d’un fonds et de calculer le risque et/ou la performance afférents à celle-ci (la « transparisation ») induit un important travail sur la qualité des données et les moteurs de calcul. « L’implémentation de ces projets (IFRS et Solvabilité II, NDLR) nécessite plusieurs milliers de jours/homme pour accompagner nos clients sur ces problématiques», évalue Franck Delbès. Ainsi, selon Philippe Denis, pour un investisseur institutionnel possédant une vingtaine de fonds, « si on veut aller dans le détail de chacun des fonds, on estime entre 1.600 et 2.000 le nombre de lignes à traiter une fois tous les fonds détaillés. Cela implique de grosses capacités techniques de calcul et d’enrichissement des données ».

… accessibles en ligne

Pour State Street, dont la plate-forme a été réécrite selon des technologies web et est ainsi opérationnelle depuis 2008, la « transparisation » n’est pas un problème en soi. « Nous sommes en mesure de faire ce type de calcul depuis 2001, ce qui change, ce sont les volumes », affirme Raphaël Remond. Les projets informatiques en cours de State Street Banque France concernent l’intégration à sa plate-forme de l’outil d’analyse de risques ex ante « True View » du groupe. Autre projet, à l’horizon 2012, intégrer l’outil Dashboard, permettant l’analyse dynamique de la performance en ligne pour les gérants comme pour leurs clients. Une fonctionnalité disponible depuis quatre ans déjà chez BP2S, sous le nom DNA. Mais le calendrier sur lequel tous les opérateurs s’accordent, c’est d’assurer les développements informatiques pour normaliser et homogénéiser les données issues d’autres plates-formes. « Solvabilité II exige d’évaluer les risques pour allouer un ratio de fonds propres sur l’ensemble des avoirs gérés par les sociétés d’assurances. Ces avoirs peuvent être détenus par différents prestataires. Nous allons donc devoir investir dans des plates-formes d’échange de données », souligne Philippe Denis. Des investissements qu’ils ne consentiront pas de gaieté de cœur : « Nous sommes dans un monde hostile, ironise Bruno Noyon. Cela coûtera de l’argent sans véritable retour sur investissement. »

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