L'invité de L'Agefi

Les OPCVM monétaires ont encore leur rôle à jouer !

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Diversification, liquidité et gestion active, ces fonds ont des atouts incontestables et toute leur place dans les placements à court terme.

Par Jean-Luc Enguéhard, président du directoire de La Banque Postale Asset Management

Pour trouver des liquidités et répondre de manière anticipée aux futures exigences de ratios de liquidité imposés par les règles prudentielles de Bâle III et notamment le liquidity coverage ratio (LCR), les établissements bancaires développent depuis plusieurs mois leurs ressources de bilan à court terme, grâce à des offres attractives de rémunération tant auprès des clients particuliers que des clientèles personnes morales. Ce phénomène de réintermédiation bancaire s’est traduit par une décrue des encours des OPCVM monétaires, décrue favorisée par ailleurs par la baisse des taux de marché, les clients trouvant dans les offres de dépôts bancaires des rémunérations plus élevées. Ces encours sont ainsi passés de plus de 500 milliards d'euros mi-2009 à 370 milliards mi-2011 ! Cette évolution vers les placements bancaires s’explique donc de façon claire. Mais elle n’efface pas pour autant l’intérêt des fonds monétaires pour les investisseurs.

Ceux-ci ont en effet des atouts indéniables et ont un rôle fondamental à jouer dans les placements à court terme des investisseurs. Tout d’abord, diversification et liquidité sont des avantages incontestables qui me poussent à croire que les OPCVM monétaires ont encore un avenir ! A la différence d’un placement bancaire réalisé auprès d’un établissement donné, les fonds monétaires présentent l’avantage de la diversification des signatures, ce qui peut être précieux dans un environnement où la situation financière des émetteurs peut connaître des évolutions rapides. De plus, cette diversification des portefeuilles au sein de fonds monétaires repose dans les sociétés de gestion sur des équipes d’analyse crédit spécialisées dans la sélection et dans le suivi des émetteurs. Elle donne aussi lieu à un examen permanent par les services de contrôle des risques des sociétés de gestion et à un reporting détaillé fourni aux investisseurs. Sur ce dernier point, il est essentiel pour les clients de recevoir des informations précises lorsque des mouvements de marché impactent les portefeuilles.

Ensuite, le cadre réglementaire dans lequel s’inscrivent les fonds monétaires est désormais stabilisé. Leur statut est maintenant clairement établi, notamment pour les investisseurs entreprises et institutionnels, aussi bien en termes de maturité des instruments financiers que de risques pour eux. L’Autorité des marchés financiers a en effet adopté une nouvelle classification transparente distinguant les OPCVM court terme des OPCVM monétaires. Elle a également pris position en octobre 2011 sur le classement des OPCVM monétaires en équivalents de trésorerie au sens de la norme comptable IAS 7.7. Cette norme comptable exige le respect de quatre critères pour qu’un placement soit considéré comme équivalent de trésorerie. Seuls les fonds monétaires à valeur liquidative constante nécessitent des conditions supplémentaires pour être présumés éligibles à la norme IAS 7.7 car présentant des risques spécifiques.

Autre avantage précieux pour l’investisseur, les fonds monétaires bénéficient d’une liquidité quotidienne. Cela donne aux trésoriers d’entreprise une très grande souplesse de gestion et une très grande rapidité d’exécution. Par ailleurs, sur des fonds dont les encours sont significatifs, les investisseurs peuvent réaliser des opérations de souscriptions ou de rachats pour des montants importants. Il est essentiel en effet pour les clients de disposer de fonds dont les encours totaux sont de plusieurs milliards d’euros, de sorte que des mouvements de grande ampleur de leur part ne perturbent en aucune manière la gestion des fonds monétaires dans lesquels ils placent. Sans oublier bien sûr la gestion active que peuvent pratiquer les gérants monétaires par des arbitrages entre signatures et entre maturités, dans le respect des règles régissant ces fonds, ce qui peut permettre d’optimiser les performances. Ainsi, les investisseurs peuvent bénéficier des performances sensiblement supérieures à l’Eonia, y compris sur un fonds court terme.

Enfin, et j’insisterai sur ce point, les fonds monétaires concourent au bon fonctionnement du marché monétaire et contribuent à la liquidité et à la profondeur de ce marché car celui-ci joue un rôle majeur dans le refinancement des acteurs économiques, en particulier des entreprises et des banques. C’est donc de l’intérêt de tous d’avoir un marché monétaire efficient et de permettre aux fonds monétaires de jouer pleinement leur rôle dans ce domaine. Ainsi, à ceux qui opposeraient placements bancaires à court terme et fonds monétaires, je répondrai que mettre en avant la complémentarité de ces deux supports de placement est indispensable dans l’intérêt des investisseurs mais aussi de l’économie.

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