L’avis de... Bertrand de Saint Mars, délégué général adjoint de l’Association française des marchés financiers (Amafi)

« On a érigé en dogmes l’efficience des marchés et la liquidité »

le 15/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Quel est votre point de vue sur les ventes à découvert ?

Le rôle des marchés est de confronter les opinions à l’achat et à la vente pour déterminer le prix auquel les échanges peuvent se réaliser. L’opinion du vendeur à découvert est importante, car engagée : celui qui ne détient pas les titres lorsqu’il les vend prend un risque réel (en théorie illimité) puisqu’il ne maîtrise pas le cours auquel il devra les racheter. Qu’il communique ainsi au marché son sentiment que le prix est trop élevé est particulièrement utile pour contrer les phénomènes de bulle. Pour autant, en période de stress comme fin 2008 ou mi-2011, le risque pris par ces acteurs - et donc la valeur de l’information apportée - devient minime.

Faut-il interdire cette pratique dans ce cas ?

Dans une forte spirale baissière, la possibilité doit indéniablement exister. Mais de façon encadrée et limitée au regard de son utilité en période « normale ». Pourquoi d’ailleurs critique-t-on autant le vendeur à découvert et pas l’acheteur à découvert ? L’un emprunte des titres, l’autre des espèces. Quelle est la différence fondamentale ?

Comment expliquer le peu d’études sur d’éventuels effets négatifs ?

On a érigé en dogmes l’efficience des marchés et la liquidité qui y participe. Beaucoup d’études constatent ainsi l’apport de liquidité que permet la vente à découvert pour en déduire son caractère bénéfique. La liquidité est certes importante, mais ne justifie pas qu’elle ne soit pas pesée en regard d’éventuels effets négatifs.

Que penser du futur règlement européen ?

Il est important. Il établit clairement le caractère non acceptable des pratiques de ventes à nu : vendre sans posséder le titre n’exclut pas de devoir remplir son obligation de livraison à la date prévue. Il donne un cadre harmonisé aux procédures de « localisation » des titres empruntés et aux interdictions que peuvent mettre en œuvre les régulateurs... On peut cependant regretter que l’Europe n’ait pas été plus ambitieuse en matière de rachat obligatoire, pièce indispensable pour lutter contre les défauts de règlement-livraison.

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