Olivier de Guerre met l’activisme au cœur de la gestion de PhiTrust

le 28/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Pointant du doigt les risques d’une entreprise, le gestionnaire français a déposé pas moins de 27 résolutions en assemblée générale.

Au troisième étage d’un petit immeuble parisien, PhiTrust Active Investors déploie sa politique d’engagement actionnarial. Depuis 2003, cette société de gestion française, qui emploie neuf personnes, a déposé pas moins de 27 résolutions aux assemblées générales d’entreprises du CAC 40, dans lesquelles elle investit. D’entrée de jeu, les motivations sont clairement exposées. « Nous ne sommes pas des activistes au sens anglo-saxon du terme, explique Olivier de Guerre, président de la structure. Pas question de faire du bruit, afin que le cours boursier monte, pour empocher une plus-value. Nous sommes des actionnaires de long terme et il est de notre responsabilité d’alerter les conseils d’administration de ces sociétés sur les zones de risque que nous entrevoyons. »

Dans les faits, PhiTrust est l’émanation d’une première société de gestion, Branics, créée en 1999 par Denis Branche, actuel directeur général délégué et responsable de la gestion, qui gérait à l’époque un des premiers fonds éthiques résolument tourné vers la problématique de gouvernance. En 2003, il rencontre Olivier de Guerre, anciennement fondateur de la société de gestion Cristal Finance, spécialisée notamment dans la couverture des risques des fondations, et de retour d’un séjour aux Etats-Unis où l’avait intéressé « un marché de la philanthropie plus professionnalisé qu’en Europe », confie-t-il. Lors de la rencontre entre ces deux hommes, Denis Branche est alors en plein dépôt d’une résolution à l’assemblée générale de Total suite à l’affaire Erika. Il se dit lâché par les autres gestionnaires actionnaires, « pour cause d’appel d’offres du pétrolier sur son dispositif d’épargne salariale ». Si la démarche s’avère vaine, elle séduit Olivier de Guerre. Ensemble, ils fondent PhiTrust Active Investors et lancent Proxy Active Investors, « une Sicav (35 millions d’actifs sous gestion, NDLR) d’engagement actionnarial qui ambitionne de changer les pratiques de gouvernance des sociétés du CAC 40 », développe Denis Branche. L’offre a depuis été complétée par le fonds commun de placement Euro Active Investors exposé à la zone euro qui propose des améliorations autour de thèmes ESG (environnement, social, gouvernance) sur certaines valeurs, et un fonds vert.

Gouvernance

Une gouvernance contestable, des pratiques environnementales discutables, des politiques salariales déraisonnables… Denis Branche et Olivier de Guerre se basent, pour la Sicav, sur les études de l’agence de notation extra-financière Proxinvest et s’appuient sur Ethos Foundation (Suisse) et European Corporate Governance Services (ECGS) pour les entreprises situées hors de France.

Pour chacune des sociétés, ils scrutent le droit des actionnaires, les opérations de transparence, l’organisation des différents conseils et le développement de projets solidaires portés. « Concernant la rémunération des dirigeants, de nombreux problèmes ont été identifiés que ce soit au niveau de l’attribution des actions gratuites, de celui des stocks-options ou encore du régime de retraite », égraine Denis Branche. Ainsi, il y a trois ans, le gestionnaire déposait trois résolutions en assemblée générale de Sanofi-Aventis, Capgemini et Total sur le salaire substantiel (supérieur à un million d’euros) de leurs présidents « qui percevaient des rémunérations variables au titre de missions complémentaires, sans transparence sur le sujet », ajoute-t-il.

Quel que soit le problème détecté, aucune initiative d’engagement ne pourrait être possible sans Luis de Lozada, le directeur juridique de PhiTrust. Cet homme de 39 ans, au parcours universitaire impressionnant - diplômé d’une faculté de droit en Bolivie, d’un 3ecycle en droit économique, d’un LLM (diplôme pour avocats étrangers) du droit des affaires à Paris, puis d’un DEA de droit comparé mention droit de la Common Law - a voulu se mettre au service d’une finance plus éthique au détour d’un poste de direction dans une société de produits de luxe. En 2005, il rejoint PhiTrust. Son quotidien se partage entre l’organisation de la vie sociale du groupe, « et l’analyse de la gouvernance de sociétés dans lesquelles PhiTrust est actionnaire, précise-t-il. Lors de notre comité technique présidé par Proxinvest, nous présentons les améliorations à apporter. Après son aval, commence notre démarche d’engagement actionnarial ». La première étape est toujours confidentielle : une lettre est envoyée au président de l’entreprise pour solliciter un rendez-vous. En cas de refus, « nous passons à l’étape publique, poursuit Olivier de Guerre. Nous disposons de deux leviers : l’envoi de questions en assemblée générale ou le dépôt d’une résolution ». Un dernier exercice complexe qui requiert un parfait contrôle juridique afin de rester dans la légalité au risque de voir sa requête retoquée. Pour déposer une résolution, la détention de 0,5 % du capital est obligatoire. « La loi nous donne vingt jours après la première convocation en assemblée générale afin que notre initiative soit portée par un dépôt collectif », souligne Luis de Lozada.

Rallier

Trois petites semaines pour convaincre. La société de gestion dispose d’une liste de 800 investisseurs socialement responsables : des fonds de pension engagés, des fonds d’investissement ISR, des banques, assureurs, mutuelles… sensibles à cette démarche. « Nous leur communiquons la résolution argumentée, détaille le directeur juridique. Les actionnaires qui souhaitent s’engager à nos côtés doivent fournir une attestation des titres détenus dans ladite entreprise, à qui nous envoyons la totalité du dossier. »

Mais la démarche de PhiTrust ne pouvait être pleine et entière sans un déploiement philanthropique. Après une dizaine d’années dans le secteur agroalimentaire, autant de temps passé en qualité de journaliste spécialisée dans les arts de la table et différentes missions humanitaires menées à l’étranger, Florence Goudchaux intègre les rangs de PhiTrust. « La société souhaitait créer sa fondation sur le modèle anglo-saxon, c’est-à-dire en jaugeant le retour (impact social) de chaque don réalisé », relate la directrice philanthropie et investissements solidaires. Il lui fallait, en parallèle de la sélection des projets, mettre en place un outil qui permette ce suivi. « Nous favorisons une démarche pragmatique, explique-t-elle. Dès le départ nous définissons avec le porteur de projet un objectif sociétal, vérifié trimestriellement. » Aujourd’hui, la fondation (transformée en fonds de dotation) abrite douze projets. Cette expertise de l’analyse de projets à fort impact social, la société de gestion la décline également au travers de PhiTrust Partenaires, une société d’investissement solidaire, autrement dit du « capital-risque philanthropique », dont l’objet est d’accompagner le développement de projets (par exemple, insertion de personnes handicapées) pouvant générer des profits. Cette démarche d’engagement appliqué au solidaire trouvera bientôt une autre résonance avec la création d’une Sicav dont les entreprises sélectionnées se sont engagées dans le social business. C’est le cas de Danone dont le développement au Bangladesh est, entre autres, financé par un fonds d’investissement éthique.

L'équipe

Audrey Gruman, responsable communication

Benoist Arthuis, RCCI

Jean-Charles Lavigne, associé

Sylvain Viret, responsable commercial

Olivier de Guerre, président

Luis de Lozada, responsable juridique

Denis Branche, directeur général délégué et responsable de la gestion

Devin Blondes, analyste extra-financier

Simon Mauffrey, analyste financier

Florence Goudchaux, directrice philanthropie et investissements solidaires

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