Rencontre avec... Satoshi Miyamoto,

« Les offres communes sur les marchés extérieurs doivent se multiplier », président, Japan External Trade Organization (Jetro)

le 09/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Qu’attendez-vous de l’accord de libre-échange en négociation avec l’Union européenne ?

L’adoption des mêmes niveaux de réglementation de part et d’autre facilitera les affaires. Les échanges bilatéraux augmenteront. Les investissements mutuels s’élargiront. Les entreprises japonaises et de l’Union européenne gagneront en efficacité lorsqu’elles proposeront ensemble des solutions globales – industrielles ou de services – à des pays tiers. Dans l’environnement concurrentiel actuel, les offres communes afin de gagner des parts de marché à l’extérieur doivent se multiplier. Le Japon peut ouvrir à l’Europe de nombreuses portes en Asie. « Notons que le Japon est le seul pays asiatique à s’être engagé dans les négociations des trois grands accords de libre-échange : l’accord Union Européenne-Japon, l’accord  commercial transpacifique (TPP) et le RCEP (« Regional Comprehensive Economic Partnership »), regroupant 10 pays de l’ASEAN (« Association of Southeast Asian Nations ») ainsi que l’Australie, l’Inde, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande et la Chine ». De toute façon, qu’il y ait un accord de libre-échange ou non, notre mission est de faire progresser les investissements et les échanges commerciaux. Notre rôle est d’écouter la voix des entreprises, de les aider à résoudre les problèmes et de faciliter les collaborations.

Les coopérations entre entreprises se renforcent-elles depuis le « partenariat d’exception » noué entre le Japon et la France ?

Assurément. Elles se développent de plus en plus. L’engouement actuel du Japon pour la France, et réciproquement, doit dépasser la pérennisation des partenariats existants. Il doit déboucher sur d’autres alliances. D’importantes synergies existent dans la robotique, les réseaux intelligents, l’énergie, le développement durable, les textiles innovants, l’agriculture compétitive et l’aéronautique. Le succès en Turquie du réacteur Atmea-1 développé conjointement par Mitsubishi et Areva, fruit d’une forte relation de confiance, est un exemple dont il faut s’inspirer. D’autant plus que les entreprises japonaises, qui profitent d’un regain de confiance depuis un an grâce la mise en œuvre d’un plan de relance d’envergure par le Premier ministre, Shinzo Abe, sont encouragées à investir. La conjoncture française est certes moins brillante à l’heure actuelle. Mais, d’un point de vue extérieur, la France rayonne toujours du fait de sa renommée dans la mode et la gastronomie.

La recherche et développement française demeure attractive. Là aussi, les échanges méritent d’être approfondis avec le Japon, pays du monde qui dépense le plus en points de PIB dans ce domaine. Sans doute, pour mieux le faire savoir, doit-on communiquer davantage auprès des universités, des pôles de compétitivité français construits sur un modèle similaire à nos

clusters. L’autre atout de la France qui attire les entreprises japonaises est son expérience en Afrique, un continent où le Japon souhaite accroître fortement sa présence, comme cela a été souligné lors du cinquième Ticad (Tokyo International Conference on African Development) de juin dernier. L’époque où l’Afrique était seulement un partenaire d’export de matières premières est révolue.

De quelle façon Jetro accompagne-t-il les ambitions du Japon en Afrique ?

Jetro prévoit d’y doubler le nombre de ses bureaux en 2014, de cinq (à Abidjan, au Caire, à Nairobi, à Lagos et à Johannesburg) à dix. Nous n’avons pas encore sélectionné les pays d’accueil. Nous choisirons ceux qui sont dotés de marchés de consommation à fort potentiel afin d’y installer des sites de production et participer au développement d’infrastructures. Sur place, l’un des défis de Jetro sera d’aider les entreprises en améliorant leur environnement d’affaires, notamment en leur fournissant des informations fiables sur le pays d’accueil.

Les entreprises japonaises prévoient-elles toujours d’investir autant en Chine ?

Plus de 50 % des entreprises japonaises qui souhaitent investir envisagent de le faire en Chine. Le risque majeur qu’elles mentionnent n’est pas l’incertitude politique mais l’augmentation du coût de la main-d’œuvre. Moins attrayante pour fabriquer sur place, la Chine n’est plus l’usine du monde. En revanche, son marché de la consommation s’étoffe. Depuis deux ans, Jetro s’efforce d’accompagner les entreprises japonaises, notamment celles qui ciblent le secteur des services. Les tensions politiques entre gouvernements ont peu d’effets sur l’activité. Les entreprises ont plutôt affaire aux collectivités locales qui les accueillent volontiers.

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