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Obligations, les stratégies court terme s’annoncent gagnantes

le 10/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Les fonds investis en titres à haut rendement et avec des maturités courtes offrent des couples rendement-risque intéressants.

La perspective de hausse des taux d'intérêt n’est pas vraiment favorable aux marchés obligataires, mais les investisseurs ne baissent pas les bras. Il existe plusieurs moyens pour eux de se protéger contre une évolution défavorable des taux, notamment en misant sur des durées d’investissement raccourcies. « Dans un contexte où les taux courts restent très bas mais où les taux longs remontent, un gérant obligataire doit avoir une gestion active de la duration, remarque Christelle Curt, spécialiste obligataire chez Axa IM. Cette maison a ainsi mis au point le service « Redex » : « Pour certains de nos fonds, nous proposons à nos investisseurs une part pour laquelle nous effectuons une réduction systématique de la duration. La solution permet de bénéficier de toutes les stratégies du portefeuille, mais en diminuant l’exposition au risque de taux. Grâce à elle, notre fonds global inflation affiche des performances positives sur les parts Redex sur un an, dans un contexte haussier de taux. »

Autre possibilité, les obligations à haut rendement constituent en elles-mêmes une solution : leurs durées sont en général moitié moindres par rapport aux gouvernementales, si bien qu’une hausse éventuelle des taux aura un impact d’autant moins important. De l’ordre de 4 %, les coupons permettent d’absorber le choc tout en offrant un couple risque-rendement apprécié. « Les 'spreads' sont d’autant plus intéressants que les taux de défaut sont très bas sur le 'high yield' européen, de l’ordre de 2 %, souligne Roman Gaiser, responsable de l’équipe high yield fixed income chez Pictet Asset Management. Or nous n’attendons pas de resserrement des 'spreads'. Pourtant, le marché est composé d’opérations à plus court terme et de qualité améliorée, avec 70 % de titres notés 'BB' contre 45 % seulement il y a cinq ans. »

Prévoir l'exercice de l'option

Pour systématiser l’avantage d’un investissement à court terme sur le haut rendement, certains gérants ont bâti une stratégie « short-term high yield ». « Nous avons une forte expérience des fonds 'short duration' en 'high yield', avec un véhicule américain, un autre européen créé en 2011 et un troisième récemment lancé sur les émergents, explique Christelle Curt. En investissant principalement sur des titres de maturités courtes, cette stratégie permet à l’investisseur de bénéficier de rendements attrayants tout en réduisant l’exposition au risque de taux, l’impact de la volatilité et l’exposition au directionnel de la classe d’actifs. »

La duration courte ne s’obtient pas forcément par des achats en secondaire. En effet, les obligations à haut rendement sont, en forte proportion, dotées d’une option de rachat (call) à la main de l’émetteur, au bout de 2, 3 ou 5 ans, et toute la question est de prévoir l’exercice de l’option. Pictet Asset Management - dont le fonds atteint un encours de 1,8 milliard d’euros avec une maturité inférieure à 2 années - investit selon une approche particulièrement rigoureuse de la duration, le choix des titres en portefeuille étant effectué de façon à éviter toute surprise à cet égard à ses clients. « Nous nous positionnons sur des échéances fermes, et non pas seulement probables, pour ne pas risquer un allongement de la duration quand les taux remontent (dans ce cas, les émetteurs n'exercent plus leur option de remboursement avant échéance), indique Roman Gaiser. Cette gestion nous a évité d’avoir en portefeuille des émissions qui, du fait de la hausse des taux du début de l'été, ont vu leur maturité probable croître rapidement et ont donc souffert plus fortement. »

« Cross over »

Signe de leur pertinence particulière actuellement, les stratégies de duration courte se retrouvent sur le marché « cross over », regroupant les titres « BBB » dans le bas de l’investment grade et le haut du high yield, entre « B+ » et « BB+ ». « Nous avons lancé fin 2012 un fonds sur le segment 'cross over' avec des titres 'BBB' et 'BB' ayant comme caractéristique une duration réduite, expose Arnaud Colombel, gérant spécialiste du cross over à La Banque Postale AM. Nous investissons sur du 'BBB' inférieur à 5 ans et sur du 'BB' inférieur à 3 ans. » Le choix des titres est d’autant plus large que les émetteurs de ce segment ont tendance à raccourcir leurs émissions : « Alors qu’auparavant, les nouvelles émissions avaient surtout des maturités entre 7 et 10 ans, elles sont, depuis juin, plutôt autour des 5 ans, précise Iain Bremner, directeur de la gestion taux, euro et crédit à La Banque Postale AM. Continental par exemple, qui est certes quasiment 'investment grade', a récemment émis une souche à 3 et 5 ans. Autre exemple, Daimler a émis des souches à 3 et 6 ans, plus courtes qu’avant. » Sur cette stratégie cross over en duration courte, la société de gestion a un fonds ouvert de 170 millions et un fonds dédié de 280 millions.

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