L'avis de... Luca Bertalot, head of European Covered Bond Council (ECBC)

« Ces obligations jouent un rôle important dans la nouvelle architecture financière »

le 17/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi un tel engouement pour les « covered bonds » aujourd’hui ?

C’est une des rares classes d’actifs à avoir surnagé pendant la crise financière grâce à des cadres législatifs et une supervision efficaces. Bien entendu, au plus fort de la tourmente, ce marché à lui aussi souffert, en particulier le compartiment jumbo, mais le bilan reste très positif par rapport aux autres modes de refinancement bancaires. Aujourd’hui, la fiabilité du produit séduit de plus en plus. En 2010, 24 % des actifs immobiliers européens étaient refinancés par des obligations sécurisées contre 13 % en 2003. Avec 65 à 70 milliards d’euros d’émissions jumbos depuis janvier, soit une progression de 59 % par rapport aux volumes de 2010, le marché confirme son dynamisme.

Cet engouement est structurel. Il tient aux modifications réglementaires, Bâle III et Solvabilité II…

Il existe évidemment certains facteurs conjoncturels mais d’un point vue plus structurel, les covered bonds jouent un rôle important dans la nouvelle architecture financière mise en place aujourd’hui, notamment au niveau européen. La reconnaissance explicite de leur liquidité, de leur solidité et de leur transparence dans Bâle III ou Solvabilité II sont des signaux forts. Bâle III prévoit par exemple l’inclusion à hauteur de 40 % des covered bonds dans le calcul du nouveau ratio de liquidité à un mois (liquidity coverage ratio). Attendons de voir ce que la directive CRD IV retiendra des propositions du Comité de Bâle mais il y a aujourd’hui un environnement réglementaire favorable au développement du marché.

Ce produit peut-il prétendre s’exporter à travers le monde ?

Les qualités du produit sont aujourd’hui reconnues hors des frontières européennes. De nombreux pays mettent en place des législations spécifiques. Par exemple, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, le Japon, le Mexique, et les Etats-Unis travaillent en ce sens. Souhaitons qu’ils veillent, comme en Europe, à la qualité des actifs qui constitueront le collatéral.

En Europe, les cadres législatifs bougent sans cesse. Pourquoi ?

Dans l’Union européenne, on constate un échange des meilleures pratiques, avec une mise à jour régulière des législations nationales pour intégrer le meilleur des autres pays européens. Chaque marché conserve toutefois des caractéristiques propres tenant par exemple aux spécificités des marchés immobiliers ou aux différentes législations sur les faillites. On assiste plus à une harmonisation du marché qu’à sa standardisation.

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