Obligataire, la bulle n’est plus loin

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Après avoir massivement investi les marchés obligataires depuis cinq ans, les établissements financiers peuvent-ils espérer en tirer encore quelque profit ? La question hante désormais les discours des analystes. Certes, le niveau actuel des marchés obligataires s’explique sans peine, d’abord parce que les investisseurs n’avaient guère d’autre choix : entre les contraintes réglementaires qui les poussaient à se gaver de titres souverains et l’aversion au risque qui leur a fait abandonner les marchés d’actions, la ruée sur les titres de dettes est longtemps allée de soi. D’autant que les émetteurs ne manquaient pas : Etats désespérément à la recherche de financement pour leur dette, entreprises coupées du crédit bancaire… Tout concourait à multiplier les émissions.

Dès lors, au vu des prix actuels, l’hypothèse d’une bulle obligataire occupe les esprits sans, pour l’instant encore, s’imposer d’évidence. Mais le consensus est clair sur le danger croissant qu’il y a pour les investisseurs à entrer aujourd’hui sur la plupart des classes d’actifs obligataires. Coincées sous la presse d’une politique de « répression » financière soigneusement entretenue par les banques centrales, au prix d’une courbe des taux quasiment plate, les marges des banques et gestionnaires d’actifs ne font que se resserrer. Les banques américaines en ont apporté ce trimestre une preuve éloquente avec des marges d’intérêt au plus bas depuis les années 50. Mais élargir son spectre d’investissement pour gagner en rentabilité n’est pas une sinécure. D’abord parce que les marchés de dettes d’entreprise sont devenus chers, très chers même, du moins au regard des risques encourus en particulier sur les catégories les plus inhabituelles pour les institutionnels comme le high yield (lire L’Evénement) ; ensuite parce qu’il n’est pas donné à tout le monde de s’aventurer sur un terrain aussi glissant pour qui ne dispose pas, comme c’est souvent le cas, d’une expertise d’analyse crédit suffisante pour y voir clair dans les comptes des émetteurs les moins bien notés.

Dans un contexte où les politiques des banques centrales devraient encore rester durablement accommodantes - le retour à une politique monétaire plus conventionnelle de la Fed n’est pas attendu avant 2014 -, les Cassandre des marchés obligataires sont encore peu nombreux. Mais le retournement des marchés n’est plus tabou. Or la cruelle expérience de 1994 doit rappeler à tous l’ampleur des dégâts en capital que cette situation peut générer. Si certains investisseurs pourraient bien y perdre leur chemise, d’autres plus avisés se seront déjà désengagés des positions les plus risquées… au bénéfice des actions. L’heure de la sortie du purgatoire de la Bourse, cruellement en manque d’investisseurs, pourrait s’en trouver avancée.

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