DOSSIER GPGA

De nouvelles têtes d'affiche

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

L’édition 2012 des Grands Prix de la Gestion d’Actifs de L’Agefi consacre les grandes maisons et les sociétés étrangères.

Les jeux sont faits ! La 13

eédition des Grands Prix de la Gestion d’Actifs (GPGA 2012) de L’Agefi chamboule la hiérarchie de 2011. Sur les quinze gagnants de l'an dernier, seuls deux parviennent à conserver leur titre. Au total, sept catégories voient leur trio de tête évoluer (4 en actions, 1 en diversifié et 2 en obligations). Exception : la catégorie Actions Asie hors Japon, dans laquelle on retrouve les mêmes acteurs que l’an dernier mais avec une inversion entre le premier et le deuxième, Templeton Asian Smaller Companies prenant la tête. A noter la domination des gestions étrangères dans ces classements. Le gérant australien First State rafle même les trois premières places en actions émergentes. On remarquera aussi la quasi-disparition des boutiques de gestion. Seules Edmond de Rothschild AM (Edram) et Oddo AM parviennent à décrocher un titre.

La crise continue de redistribuer les cartes dans la gestion d’actifs et comme le montrent les podiums, les gérants ont le plus grand mal à surperformer dans la durée. Les lauréats des GPGA sont les fonds ayant dégagé le meilleur alpha sur trois ans, c’est-à-dire ayant réussi à surperformer le mieux leur univers d’investissement. La période de référence sur laquelle repose le calcul des performances a été particulièrement volatile, avec en toile de fond la crise de la zone euro. Finalement, actions et obligations restent au même niveau entre ces deux dates mais avec de forts mouvements. « En règle générale, une grande partie de la performance d’un fonds actions est liée à la météo boursière, indique Yves Maillot, directeur du pôle d’expertise actions européennes chez Natixis AM, lauréat dans la catégorie Actions françaises. Et plus le ciel est encombré, plus la part du beta dans cette performance est importante. Or au cours des trois dernières années, nous avons été confrontés à quelques tempêtes. »

Hiérarchie des risques

Dans cet environnement risk on-risk off, où la dimension macroéconomique a été le principal moteur du marché, il est plus difficile d’extraire de l’alpha. En gestion obligataire, les gérants ont été confrontés à un changement radical de repères. « Nous avons dû faire face à une évolution du paysage obligataire, tant en termes de risque que de géographie du marché, ainsi qu’à un changement dans les conditions d’exercice de la gestion avec une réduction notable de la liquidité », souligne Eric Brard, responsable mondial des gestions taux chez Amundi. Auparavant, les risques étaient stables et bien repérés par les gérants taux. « La hiérarchie des risques a totalement explosé avec la crise de la zone euro, poursuit le responsable d’Amundi, dont le fonds LCL Obligations moyen terme décroche la première place en Obligations Euro. Aujourd’hui, nous gérons moins la duration que les primes de risque. Très tôt, nous avons réduit le risque périphérique dans nos portefeuilles et augmenté la part des obligations d’entreprises. » La dislocation des marchés obligataires offre un terrain de jeu plus large aux gestionnaires. Mais ces rotations ont un coût en raison de la faible liquidité de la classe d’actifs, avec pour conséquence des générations d’alpha nettement moins importantes pour les meilleurs fonds que l’an dernier. Dans ce contexte, et compte tenu des taux d'intérêt historiquement bas, les gestions diversifiées peinent aussi à surperformer. « Dans ce type de stratégie, il faut savoir investir ou se retirer de manière contrariante, explique Emmanuel Chapuis, cogérant d’Oddo Proactif Europe (primé dans la catégorie Diversifiés internationaux). Notre équipe réduite nous permet d’être très réactifs. Par ailleurs, nous nous concentrons sur notre compétence, l'investissement dans des sociétés internationales de qualité au juste prix, et non sur nos anticipations macroéconomiques. Et lorsque nous estimons que le marché est trop cher, nous restons en ‘cash’ avec le souci de protéger le capital. »

Ces résultats risquent de mettre encore plus sous pression les gérants actifs face à la montée en puissance de la gestion passive. « Les investisseurs se montrent aujourd’hui plus sélectifs et très attentifs au rapport qualité-prix d'une stratégie, note Philippe Uzan, directeur des gestions chez Edram. Ils réclament des produits qui s’éloignent vraiment des indices traditionnels. Or c’est ce qu’est censée faire la gestion active. » Avec pour impératif de se tenir à sa stratégie. « C’est important lorsqu’on fait du 'stock-picking', poursuit-il. Nous n’avons pas changé nos méthodes à travers la crise. Sur notre approche 'Croissance', après une année 2008 difficile, nous avons pleinement bénéficié du rebond qui a débuté en 2009. »

« Au-delà du 'stock-picking', il faut bien intégrer le régime de marché dans lequel on se trouve », complète Yves Maillot pour qui, même si l’environnement économique reste compliqué, les investisseurs ont aujourd’hui une lecture plus fondamentale des marchés actions. « Quand les marchés sont plus calmes, on commence à revoir la contribution de l’alpha dans les portefeuilles, ajoute-t-il. C’est plus favorable pour le 'stock-picking'. D’autant que toute bonne nouvelle aura un effet de levier important. » A condition de rester sélectif.

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