Nouvelle donne pour les hedge funds

le 09/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Finalement, les hedge funds se banalisent. Ces « super-gérants » que l’on pensait invincibles ont subi bien des déconvenues en 2011, année qui restera marquée d’une pierre blanche dans leurs annales. Comme l’ensemble des sociétés de gestion, quelles que soient leurs stratégies, ils ont dû composer avec la volatilité de marchés qu’ils sont pourtant réputés savoir amortir. Nombreux sont ceux qui n’en sont pas sortis gagnants. L’ironie est amère. Alors qu’ils sont encore largement accusés d’avoir été l’une des origines de la crise financière, et qu’on les soupçonne volontiers de tirer parti des déboires des banques comme des Etats en difficulté, la réalité est nettement plus nuancée que le discours dominant le laisse entendre..

Pourtant, malgré ce trou d’air et peut-être même grâce à lui, les fonds d’arbitrage conservent toute leur capacité de séduction à l’égard des investisseurs (lire L’Evénement). Sur le long terme, ils s’avèrent moins risqués que les actions. Leurs efforts de transparence, sous la pression des avancées réglementaires et des institutionnels, les rendent plus convenables. Enfin, ils ont aussi tiré les leçons de leurs paris passés. Leur levier est bien moindre aujourd’hui.

On aurait donc tort de continuer à tirer sur les hedge funds. Les quelques cas qui défrayent la chronique, qu’il s’agisse des fonds « vautours » qui fondent sur les obligations grecques, ou de ceux qui demeurent « en délicatesse » avec les règles des marchés comme les récentes fraudes à Wall Street le montrent, ne sauraient suffire à les diaboliser. Mieux, voilà une industrie sur laquelle il faut tabler. Car la gestion alternative connaît un fort dynamisme, comme en témoignent les nombreux lancements sur le continent américain ou en Europe. C’est même pour les ex-traders ou gérants en mal d’indépendance une occasion de se muer en entrepreneurs (lire page 32). En parallèle, les investisseurs semblent toujours prêts à se fier à des gérants nouveaux, susceptibles d’idées neuves dans un monde financier en désarroi face à la disparition des actifs sans risque. Les institutionnels français, conscients de la capacité de la gestion alternative à assurer un couple rendement/risque supérieur à la gestion classique, ne donnent d’ailleurs pas leur part au chat. Ne viennent-ils pas de publier, via l’AF2I, un guide des investissements en gestion alternative ?

Face à ce regain d’intérêt, la place de Paris a engagé des efforts méritoires pour soutenir l’émergence de nouveaux talents. Mais plutôt que de continuer le combat pour l’enregistrement de fonds alternatifs à la française, qui semble largement perdu au profit du Luxembourg, de Dublin ou de Malte, ne devrait-elle pas continuer à tout faire pour attirer les nouvelles sociétés, gages d’emploi et de rentrée fiscale ? Face à Londres, que la régulation et la fiscalité accrues rendent moins attractive pour les gérants, Paris peut, et surtout doit, tirer son épingle du jeu.

A lire aussi