L'avis de... Olivier Korber, stratégiste chez Société Générale CIB

« Les nouveaux objectifs ne sont pas liés »

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Les nouveaux objectifs affichés par la Réserve fédérale fin décembre, des anticipations d’inflation à 2,5 % et un taux de chômage de 6,5 %, constituent-ils un tournant important de la politique monétaire ?

C’est bien plus qu’une simple inflexion de politique monétaire ou une modification de langage et surtout, c’est du jamais vu. C’est une nouvelle expérience d’où peuvent découler des effets de surprise, voire d’incertitude. Concrètement, la Fed accroît la transparence de sa fonction de réaction en passant d’un horizon temporel - une politique de taux zéro inchangée jusqu’en 2015 - à des objectifs quantifiés. Ce faisant, elle accroît la visibilité et les capacités d’anticipation des marchés financiers. La banque centrale américaine s’affranchit d’un calendrier et sacrifie en quelque sorte le dogme de l’inflation en acceptant une inflation transitoire supérieure à l’objectif de long terme établi au début de 2012 de 2 %. Les deux cibles sur les prix peuvent d’ailleurs cohabiter ou au moins se tolérer puisque l’un est un objectif à long terme à plus de deux ans, et l’autre vise des anticipations de un à deux ans.

Les ciblages d’inflation et de chômage devront-ils être synchronisés pour permettre une sortie de la politique non conventionnelle ou une hausse des taux d’intérêt ?

Autant les objectifs temporels étaient dépendants l’un de l’autre, autant les nouveaux objectifs ne peuvent pas être liés. Les synchroniser n’est pas possible. La lecture que j’en fais est la suivante : le taux de chômage à 6,5 % est un niveau seuil, les anticipations d’inflation à 2,5 % sont un niveau limite. Dit autrement, en arrivant à un taux de chômage de 6,5 %, la Réserve fédérale indiquera si elle commence à infléchir sa politique tandis que le seuil des anticipations de hausse des prix de 2,5 % est un garde-fou contre un éventuel emballement ou une brusque surchauffe de l’activité économique.

Les débats renaissant actuellement sur l’« exit strategy » et la fin des politiques non conventionnelles et de taux zéro se justifient-ils ?

La Réserve fédérale a expliqué clairement qu’elle ira au-delà de la reprise économique et qu’elle attendra la confirmation de cette reprise et même une accélération de la croissance pour commencer à faire marche arrière, c’est-à-dire mettre un terme à sa politique d’achats de titres du Trésor et de MBS (mortgage backed securities) d’un côté, et de taux d’intérêt zéro de l’autre. Nous nous situons encore loin de ce scénario.

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