L'avis de... Raymond Van der Putten, économiste de BNP Paribas

« Les nouveaux fonds transfèrent le risque de l’employeur vers l’employé »

le 26/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Qu’est-ce qui explique le déficit de financement massif des fonds de pension ?

A la suite du krach généralisé des marchés boursiers au second semestre 2011, la valeur des actifs des fonds de pension américains et britanniques a beaucoup fondu. Surtout, avec l’assouplissement de la politique monétaire mise en place dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, NDLR), notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les taux d’intérêt ont baissé ; ce qui accroît mécaniquement le montant des engagements des fonds de retraite à prestations définies, ainsi que le coût de la rente. A l’avenir, toute la question est de savoir si les taux vont remonter ou non. On pourrait imaginer qu’ils emprunteront à nouveau le chemin de la hausse lorsque la crise sera passée. Mais en réalité, rien n’est moins sûr. Force est de constater qu’au Japon, les taux demeurent bas depuis vingt ans.

Les taux d’actualisation choisis pour valoriser les engagements sont-ils pertinents ?

L’un des écueils majeurs du cadre de financement actuel des retraites - et que la crise financière a fait ressortir - est l’emploi de taux d’actualisation basés sur la courbe de rendement d’actifs à faible risque. Depuis trois ans, celle-ci a subi d’importantes variations. Les engagements sont devenus très sensibles aux fluctuations des marchés financiers et leur valeur actualisée est désormais très volatile, en dépit d’une échéance éloignée. C’est pourquoi par exemple, également confrontés à une augmentation des engagements consécutive à la baisse des taux, les pouvoirs publics, les syndicats et le patronat néerlandais se sont mis d’accord pour engager une refonte de leur système de retraite. Si la réforme passe, les fonds de pension des Pays-Bas seront autorisés à utiliser comme taux d’actualisation le rendement attendu de leur portefeuille, plutôt que celui de la courbe des taux sans risque. Revers de la médaille, ce système pourrait inciter les fonds de retraite à accroître le profil de risque de leur portefeuille afin d’obtenir de meilleurs rendements.

Les régimes à prestations définies ont-ils encore de l’avenir ?

De moins en moins. L’âge d’or des régimes à prestations définies est révolu. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ils sont remplacés par des systèmes à cotisations définies qui permettent de transférer le risque d’investissement de l’employeur vers l’employé. Le nouveau système proposé aux Pays-Bas met d’ailleurs l’accent sur la limitation des risques auprès des entreprises sponsors, avec une solution hybride, mixant à la fois régime à prestations et à cotisation définies. Quoi qu’il en soit, les participants aux régimes publics financés par répartition ne sont pas mieux lotis. A la suite des réformes récentes, la générosité de ces régimes a baissé partout en Europe.

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