Les nouveaux fonds garantis stimulent la créativité des gérants

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Confrontés à des conditions de marché défavorables, ils doivent innover et revoir les formules de ces OPCVM grand public.

Les gérants de produits garantis sont à la peine avec la crise. A première vue pourtant, ils proposent l’investissement idéal. Le fonds garanti offre à échéance l’assurance de recevoir son capital de départ majoré d’une performance indexée à celle d’un marché actions, généralement le DJ EuroStoxx 50. Techniquement, ces OPCVM font partie de la famille des produits à formule dont la performance finale est définie par une formule mathématique du type : « offrir au porteur à échéance une performance égale à la moyenne des six relevés annuels effectués sur les 18 plus grandes capitalisations de l’indice EuroStoxx 50 ». « Leurs périodes de commercialisation, courtes, durent de un à quatre mois », souligne Samir Nait Bachir, responsable gestion produits structurés et actionnariat chez Natixis AM.

Effet ciseau

Concrètement, si on soulève le capot, ces produits destinés pour l’essentiel au grand public s’articulent autour d’une poche d’actifs dont l’objet est de garantir les capitaux versés, complétée d’options qui permettent la performance indexée sur un marché actions.

Si le fonds est logé au sein d’un PEA (plan d’épargne en actions), les actifs inscrits au bilan de l’OPCVM sont obligatoirement des actions françaises ou européennes (afin de satisfaire aux conditions d’éligibilité au PEA). « La performance du panier d’actions ainsi que les dividendes afférents sont alors ‘swapés’ (échangés, NDLR) auprès d’une contrepartie contre une rémunération indexée à un taux sans risque, généralement l’Euribor majoré ou minoré, selon les conditions de marché, de quelques points de base », développe Samir Nait Bachir, et constituent les ressources nécessaires afin d’acheter les options qui permettront l’exposition à un indice ou à un panier d’actions, afin de capter sa performance. Si le fonds est formaté pour une assurance-vie, le système est quasiment identique. Les options servent de moteur de performance mais les actifs détenus sont alors des produits de taux : des émissions zéro coupon… qui assurent la garantie du capital.

Or entre volatilité des marchés actions et baisse des taux, l’effet ciseau rend aujourd’hui la création de ces OPCVM malaisée… « La baisse des taux engendre une baisse des rendements des obligations, ce qui tarit nos ressources pour l’achat d’options, explique John Manh, responsable structuration et développement technologique à La Banque Postale Structured Asset Management. Par ailleurs, en raison d’une forte volatilité des marchés, le coût des options se renchérit. » La profession a donc fourbi ses armes. « L’échéance de ces produits a été allongée, poursuit John Manh. La durée des sous-jacents obligataires devenant ainsi plus longue, les coupons sont plus nombreux. Ce qui permet de disposer de ressources plus importantes en vue d’acheter les options. »

« Par ailleurs, nous avons tendance à limiter les constatations de performance intermédiaires, rappelle Yannic Raulin responsable réseaux France et épargne salariale chez Amundi IS. Les marchés actions étant aujourd’hui à des niveaux bas, nous souhaitons que les souscripteurs bénéficient au mieux de leur potentiel de performance. Nous ne constatons la performance du sous-jacent que sur la fin de vie du produit. » En outre, des produits appelés « phoenix » sont particulièrement en vogue. « Ces fonds permettent des sorties anticipées, pour autant que l’investisseur soit prêt à renoncer à la garantie de son capital, détaille John Manh. Ainsi, en cas de sortie au bout d’un an et de performance du marché sous-jacent nulle ou positive, l’investisseur reçoit, par exemple, son capital majoré forfaitairement de 10 %. L’année suivante, cette rémunération est portée à 20 %, etc. » Des produits plutôt commercialisés auprès d’une clientèle aguerrie.

Autre possibilité, les produits des banques de financement et d’investissement (BFI), elles aussi montées au créneau en créant des EMTN (euro medium term notes) structurés : des papiers commerciaux émis par des banques et assortis, comme dans le cas d’un OPCVM garanti, d’un dérivé. Pour éviter tout risque de contrepartie, Société Générale travaille sous son nom, autrement dit, ne sont sélectionnées que des émissions maison. « Néanmoins, nuance Laurent Besnainou, directeur des ventes France au sein de Société Générale CIB, pour répondre à des besoins spécifiques de certains clients, une petite partie de l’offre des BFI consiste à sélectionner des papiers émis par des établissements tiers. » Or dans le cas d’un défaut d’une des banques sous-jacentes, le risque de se trouver collé avec ces papiers est bien réel. Un produit qui suppose donc d’être bien compris.

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