Le nouveau gouverneur de la Banque d’Angleterre face au défi d'une économie en berne

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Mark Carney doit trouver les outils nécessaires pour redresser l’économie du pays.

Mark Carney. Photo: Norm Betts/ Bloomberg

Adeux mois de son entrée en fonction à la tête de la Banque d’Angleterre (BoE), Mark Carney, l’actuel gouverneur de la Banque centrale du Canada, représente outre-Manche le principal espoir d’un retour à la croissance. S’il ne faisait pas partie de la liste initiale des successeurs potentiels au gouverneur sortant Mervyn King, son recrutement ne doit rien au hasard. Diplômé des prestigieuses universités de Harvard et d’Oxford, ce banquier de 48 ans a passé treize années chez Goldman Sachs avant de superviser la banque centrale du Canada en 2008. Il est un fin connaisseur du système bancaire et préside le Forum de stabilité financière (FSB). Un atout qui lui servira dans ses prochaines fonctions : depuis le 1er avril, la BoE chapeaute la PRA (Prudential Regulation Authority) qui assure la stabilité du système financier.

Au-delà de cette mission, le nouveau gouverneur devra tenter de résoudre une équation difficile : relancer une économie britannique en berne tout en permettant à George Osborne de maintenir le cap de l’austérité budgétaire. « L’échéancier politique du chancelier de l’Echiquier, qui fait face à une élection en 2015, n’est pas le même que celui des objectifs à long terme de la BoE, explique Michael Ben-Gad, responsable du département économique à la City University London. George Osborne devait trouver une personne favorable à une politique monétaire activiste produisant des résultats sur le court terme. Ce choix est un contrat implicite. »

Annoncée lors de la publication du budget le 20 mars, la révision du mandat du comité de politique monétaire (MPC) suggère d’ailleurs l’importance du rôle à venir de la BoE dans le redressement de l’économie britannique. « La cible d’inflation reste en l’état mais le taux d’inflation peut s’écarter de son objectif à la suite de chocs et de perturbations afin de pouvoir relancer la croissance », indique Nathalie Dezeure, économiste chez Natixis. En revanche, le chancelier de l’Echiquier n’a pas souhaité que la BoE vise un niveau de PIB nominal comme cela avait été suggéré en décembre dernier. « C’est une politique dont on parle beaucoup mais qui reste très débattue, remarque Michael Ben-Gad. Sur le principe, dans le cadre d’une forte croissance, la politique monétaire se contracte et, à l’inverse, elle devient beaucoup plus expansionniste dans des périodes de croissance molle. Mais cette politique n’est pas dénuée de coûts si elle se prolonge sur le long terme. »

Flexibilité

Plutôt qu’une révolution, la politique de Mark Carney devrait continuer à s’inscrire dans le prolongement de la politique de la BoE actuelle, tout en bénéficiant d’une plus grande flexibilité : « Le Trésor a officialisé le recours pour les trimestres à venir des outils non conventionnels de politique monétaire qui se limitent à l’heure actuelle au programme de rachats d’actifs ainsi qu’aux outils de soutien du crédit », précise Nathalie Dezeure. Selon le nouveau cadre de politique monétaire, l’utilisation de ces nouveaux outils devra se faire en tenant compte de l’avis du gouvernement. Mais dans l’intervalle, le recours aux programmes déjà en place reste l’option la plus probable pour le prochain gouverneur. En vigueur depuis janvier 2009, le dispositif de rachats d’actifs, l’asset purchase facility (APF), sur lequel les membres du comité de politique monétaire restent divisés, pourrait ainsi se prolonger : « Le bilan de la Banque d’Angleterre s’est considérablement alourdi sous Mervyn King, et l’approche de Mark Carney sera sans doute plus libérale », estime Michael Ben-Gad. Le rallongement d’une nouvelle tranche à hauteur de 25 milliards de livres - portant le total du programme d’assouplissement monétaire à 400 milliards de livres - pourrait ainsi intervenir dès l’entrée en fonction du nouveau gouverneur.

Dévoilé l’été dernier, le dispositif de funding for lending (FLS), destiné à faciliter la circulation de crédits à destination des ménages et des PME, a été prolongé d’une année, jusqu’en janvier 2015, et étendu à d’autres institutions financières. Le dispositif a été réorienté en priorité vers les PME pour leur donner un accès plus aisé au crédit.

Mais c’est davantage dans la communication que la politique de la BoE devrait évoluer. « On a d’ores et déjà observé dans le rapport sur l’inflation publié en février une modification de la présentation des arbitrages du comité de politique monétaire, rapporte Nathalie Dezeure. Alors que, précédemment, un statu quo s’accompagnait d’un communiqué minimaliste, des informations plus complètes comme la situation économique ou encore le perspectives de croissance et d’inflation ont été ajoutées lors du CPM de février. » Le Trésor a aussi demandé au comité de fournir dans son prochain « inflation report » d’août une évaluation des avantages d’une politique de « forward guidance » plus explicite, qui détaille la stratégie de la banque centrale, et la fixation de ses taux d’intérêt. Dans l’intervalle, Mark Carney aura déjà eu le temps d’examiner l’ampleur de la tâche à accomplir…

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