Rencontre avec... Patrick Odier, président de l'Association suisse des banquiers et associé-gérant chez Lombard Odier

« Nous voulons offrir aux clients français une passerelle vers la légalité »

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment expliquez-vous l’intransigeance de la France face à Rubik* ?

La France doit effectuer son propre processus de réflexion. Or les élections rendent celui-ci délicat et peut-être prématuré au vu de ses enjeux. Avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, deux pays très exigeants, nous sommes parvenus à des accords équilibrés. Ils sont dans l’intérêt des deux parties. Nos interlocuteurs ont compris que la proposition helvétique ne recelait pas d’intérêt caché. La Suisse veut se conformer à l’agenda fiscal international.

Rubik serait donc mal compris en France. Est-ce que vous vous y êtes rendu pour l’expliquer ?

Nous y avons rencontré des personnes désirant connaître ces accords. Mais il n’incombe pas à l’association que je préside de négocier.

Sans Rubik mais avec la stratégie d’« argent propre » de la Confédération, les clients français sont-ils indésirables en Suisse comme le sont les Américains ?

Non, bien au contraire. La place financière suisse offre des services de grande qualité, basés sur un environnement stable. L’aspect fiscal n’est qu’un petit bout de la lorgnette. La solidité de nos banques, qui depuis 2008, à une exception près (UBS, NDLR), ont très bien résisté à la crise financière, séduit. Dès qu’une agence de notation menace de dégrader la note d’un pays, les investisseurs cherchent la stabilité ailleurs. Nous aimerions offrir aux clients français, souvent des héritiers désirant se régulariser, une passerelle vers la légalité.

Etes-vous inquiet du possible revirement allemand ? Un refus d’entériner l’accord annoncerait-il la mort de Rubik ?

Je suis attentif. Cela dit, il est logique que le Parlement se pose des questions. C’est son rôle. Jusqu’à présent, les Länder ne disposaient pas de toute l’information. Ils doivent s’accorder avec l’État fédéral sur la clé de répartition des impôts qui reviendront à Berlin. Cet accord constitue un tout : en tirant un fil, c’est toute la pelote qui pourrait se dérouler. N’oublions pas que chaque partie a fait des concessions. Mais il est trop tôt pour se prononcer là-dessus. Le Parlement devrait se déterminer d’ici à quelques mois. Dans l’intervalle, nous continuons à avancer avec les pays européens qui ont manifesté leur intérêt. Ils peuvent librement étudier les accords déjà signés pour évaluer eux-mêmes leur portée.

* Système d’imposition à la source des avoirs étrangers

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