L'avis de... Dimitris Daskalopoulos, président de la Fédération hellénique des entreprises (SEV)

« Nous vivons avec la plus grande des incertitudes, l’incertitude monétaire »

le 09/02/2012 L'AGEFI Hebdo

L’impatience des partenaires européens de la Grèce est-elle justifiée ?

Pour l’instant, nous n’arrivons pas à satisfaire aux accords que nous avons passés [avec les bailleurs de fonds, NDLR] et à respecter les échéances. Il y a beaucoup de résistance de la part des syndicats et des partis politiques qui cherchent à saper les lois qui sont votées. Qui plus est, quand les responsables du pays arrivent à faire passer des réformes, c’est l’administration qui est incapable de les mettre en œuvre.

Pourquoi le programme de privatisations n’avance-t-il pas ?

D’abord, les syndicats qui contrôlent ces entreprises s’y opposent. Ensuite, les valorisations sont faibles et il n’y a pas beaucoup de demandes. Enfin, nous devons vivre aujourd‘hui avec la plus grande des incertitudes possibles qui soit : l’incertitude monétaire.

L’agenda de réformes demandé par les partenaires est-il le bon ?

Depuis quinze ans, vous trouvez toutes les réformes en cours ou demandées [par les créanciers internationaux, NDLR] dans les programmes des partis. Un jour ou l’autre, il faudra s’arrêter de parler et agir. Ne serait-ce que commencer par modifier la Constitution. On y lit que l’Etat programme et organise l’économie du pays. Entre-temps, nous avons ratifié le traité européen qui dit exactement l’inverse. L’idée que l’entreprise privée est mauvaise pour la société reste ancrée dans la population.

Y a-t-il des forces dans le monde des affaires qui poussent le pays dans la direction d’un défaut et d’une sortie de l’euro ?

Je n’en ai pas vu, je n’en ai pas entendu parler, je n’en connais pas. Il y a un mythe selon lequel certains intérêts économiques espèrent le retour de la drachme parce qu’une entreprise très endettée profiterait probablement de la conversion de cette dette en drachmes. Cela peut avoir du sens dans certains cas. Mais dire, en partant de là, que ces gens travaillent activement à un défaut, non. Je ne vois rien de tel.

Est-ce que le gouvernement de Lucas Papademos jouit d’un soutien réel ?

Tout au fond d’eux-mêmes, les partis politiques ne veulent pas le succès de ce gouvernement. Cela montrerait que l’alternative d’un gouvernement de coalition fonctionne. Mais ils sont aussi conscients de l’impact bénéfique de ce gouvernement car il permet de prendre des décisions difficiles. Et s’il échoue, ils seront aussi tenus pour responsables car ils participent à la coalition.

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