Entretien avec... Emmanuel Boussard, cofondateur et responsable des investissements de Boussard & Gavaudan

« Nous sommes des banquiers pas des spécialistes en réorganisation »

le 07/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Boussard & Gavaudan est connu pour ses interventions dans des restructurations de dette d’entreprises. Vous définiriez-vous comme un « hedge fund » activiste ?

Si l’on prend comme définition de l’activisme le fait d’aider des sociétés quand elles en ont besoin, d’une certaine façon on peut nous qualifier d’activistes. Mais notre activisme va se limiter à des interventions au niveau du bilan d’une entreprise. Notre but ne sera pas, comme pour un fonds de private equity, de prendre part aux conseils d’administration de ces sociétés et d’influer sur leur stratégie. Dans les dossiers où nous sommes intervenus, nous n’avons jamais dicté quoi que ce soit aux directions de ces entreprises. Nous sommes des banquiers, pas des spécialistes en réorganisation. Quand une société a des problèmes de financement, nous pouvons l’aider à les régler grâce à nos compétences en matière d’accès au capital, de dette, de valorisation des entreprises ou de mise en place d’incitations pour les investisseurs.

Comment opérez-vous concrètement ?

Généralement, nous intervenons au niveau des dettes de l’entreprise. Par exemple, nous avons participé au sauvetage financier du spécialiste français de l’éolien Theolia. Nous avons commencé par acheter un tiers de leur dette publique alors que la plupart des banques et des investisseurs se débinaient. Ensuite, nous avons approché le management et les créanciers qui ont accepté, comme nous, d’abandonner une partie de leur dette en contrepartie d’une augmentation de capital intégralement garantie par les porteurs de dette. A l’époque, le management nous a sollicités pour participer au conseil d’administration, ce que nous avons refusé, ne trouvant pas légitime d’y être représentés. Nous aurions eu peu de valeur ajoutée en termes de connaissance du marché de l’éolien et de ses perspectives. Nous nous sommes contentés de jouer notre rôle de financier.

Les « hedge funds » font donc partie du « shadow banking », cette part du financement de l’économie qui échappe à toute régulation… Cela ne pose-t-il pas un problème en termes de contrôle du risque ?

Si les hedge funds ne sont pas régulés comme des entités bancaires, ils le sont en revanche indirectement par l’intermédiaire de leurs prime brokers, et notamment au niveau de leur levier. En effet, quand une banque se refinance pour 100 euros auprès d’une banque centrale, son collateral est de 10 euros. Lorsque nous finançons 100 euros auprès de notre prime broker, qui n’est autre qu’une banque, elle nous réclame un collateral de 30 euros car le prime broker va exiger une marge de sécurité au-delà de ce qui est demandé par le marché, la banque centrale et le régulateur. Nous subissons de fait une double régulation !

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